Une notion trop élastique?

1 septembre 2004

Le développement durable

Lorsque Madame Gro Harlem Brundland, ex-première ministre de la Norvège, a créé l’expression développement durable dans ce fameux rapport intitulé Notre avenir à tous, commandé par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations unies (ONU) à la fin des années 1980, elle ne se doutait probablement pas de l’importance que cette notion allait prendre. Presque 25 ans plus tard, on peut tenter de jauger le chemin parcouru par la notion même, et par la réalité vécue sur cette bonne vieille terre.

Le gouvernement canadien a publié en 1987 Stratégie de développement durable, en ba­sant son orientation sur cette définition : « Un développe­ment qui répond aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les généra­tions futures de satisfaire les leurs ». Prenons pour acquis que tout le monde est en faveur de cette idée. Dit autrement, personne ne souhaite que les générations futures ne puis­sent pas satisfaire leurs be­soins ! Alors, comment se fait-il que, par exemple, Hubert Reeves parle du Mal de Terre en insistant tant sur l’urgence de modifier nos comporte­ments si on veut éviter le pire ?

La plupart des observateurs constatent une diminution du leadership et des budgets des ministères de l’environnement

Il est troublant de lire les en­gagements aux principes du développement durable des grandes compagnies comme Monsanto (OGM), Shell et BP (pétrole et pétrochimie), Dow Chemicals (pesticides) et plusieurs autres. Aussi inquiétantes sont les adhésions théoriques des gouvernements, alors que sur le terrain, la plupart des observateurs cons­tatent une diminution du leadership et des budgets des ministères de l’environnement souvent réduits, par exemple, à constater les dommages lors d’un déraillement de wagons de produits toxiques, en ten­tant de rassurer l’opinion par ce qui est convenu d’appeler, en communications, du « contrôle des dégâts ».

Les documents gouverne­mentaux mettent beaucoup d’insistance sur les responsabi­lités du consommateur, vous et moi, dans leurs choix de consommation. Ce qui nous amène à cette lourde nécessité de la consommation responsa­ble et nous oblige à questionner plusieurs aspects du mode de fabrication, de la charge pol­luante post-consommation, etc. avant chaque achat. Il faut encourager cette attitude, mais on peut douter de sa popularité, donc de son effica­cité… Les véhicules utilitaires sport sont très énergivores, donc très polluants, mais comme les ventes sont bonnes, alors ni les normes officielles ni les fabricants ne tendent vers l’amélioration.

Il y a eu du smog à Sherbrooke !

Tout est dans la notion d’urgence, plutôt élastique. En préface du Guide du consommateur responsable de Protégez-vous, Hubert Reeves insiste : « Il est urgent d’agir ! Bien des analystes jugent qu’il est grand temps d’appliquer des mesures de croissance zéro ou même de décroissance plutôt que de continuer à parler de développement du­rable (qui peut être interprété comme si c’était le développe­ment actuel qui doit être durable…). Pourtant, année après année, les pays dits développés ou en développe­ment accéléré comme la Chine consomment de plus en plus d’énergie et produisent de plus en plus de déchets, malgré le fait que davantage de person­nes prennent conscience de l’ampleur du problème en­vironnemental. Les constats sont durs : de plus en plus de produits chimiques de plus en plus complexes dégradent notre environnement. Il y a eu du smog à Sherbrooke !

Au début des années 1960, Rachel Carson dans Le prin­temps silencieux, dénonçait déjà les conséquences de l’utilisa­tion des pesticides. Quarante ans plus tard, on constate que nos eaux (la baie Missisisquoi, Roxton) et les océans (le golfe du Mexique) sont gravement affectées par les pesticides, engrais chimiques et autres produits toxique; que les enfants sérieusement atteints, se comptent par milliers, etc. On se réjouit de quelques petites victoires qui maquillent, hélas, la situation dans son ensemble.

L’apport des consommateurs éclairés est nécessaire, mais insuffisant pour améliorer la situation de façon significative. Les normes environnementales (la responsabilité gouverne­mentale) de la production de masse (la responsabilité indus­trielle) doivent aussi évoluer rapidement pour que la con­sommation responsable ne soit pas qu’une poudre aux yeux.

 

 

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