Les châtiments corporels

Dans le Journal de Montréal du jeudi 28 avril 2002, on pouvait lire : « N’en déplaise à nos enfants, les Québécois sont favorables aux châtiments corporels ». Cette conclusion est tirée d’un sondage Crop, réalisé entre le 14 et le 24 mars dernier auprès de 1 000 répondants représentatifs de la société québécoise. Nous avons tenu à réagir à cet article en tant que citoyennes et citoyens québécois car plusieurs éléments nous questionnaient.

Tout d’abord, pourquoi titrer cet article « .. les Québé­cois… », alors que selon le son­dage, seulement 59 % disent que « ce n’est pas nécessaire­ment agréable mais c’est le devoir des parents de donner des tapes ». C’est une majorité de gens et non l’ensemble des Québécois qui pensent ainsi; il y en a 41 % qui sont en désac­cord et c’est à ces derniers que nous nous rallions. Le carac­tère de généralisation est dis­cutable et lorsqu’on avance des opinions comme celle-là, som­mes-nous conscients que cel­les-ci ne reflètent pas la réalité ? Deuxièmement, lorsqu’on sti­pule que les répondants étaient représentatifs de la société québécoise, sur quels critères se base-t-on ? Nous ne doutons pas des réponses données par les personnes questionnées, mais nous sommes sceptiques quant à la représentativité de ces dernières. Et si 1 000 autres personnes avaient participé au sondage, quels auraient été les résultats ?

Retour en arrière ?

Et si vraiment ces chiffres dépeignent la réalité québé­coise, entre autres, que 67 des répondants sont en désac­cord avec une loi qui interdirait de donner des tapes aux enfants, il y a lieu de se ques­tionner sur ce que nous voulons laisser comme éduca­tion à nos enfants. Retournons-nous en arrière, à l’époque où la fessée était d’usage dans presque tous les foyers québé­cois ainsi que la règle sur les doigts dans les écoles ? Nous sommes-nous dotés de lois telles que la Loi de la protec­tion de la jeunesse appliquée par la DPJ […] pour cautionner la violence ? […]

Dans un article du quotidien Le Devoir du 23 janvier 2002, signé Alain-Robert Nadeau, la cour d’appel de l’Ontario confirmait la validité de l’article 43 du code criminel : « Tout instituteur, père ou mère ou toute personne qui remplace le père ou la mère est fondé à employer la force pour corriger un élève ou un enfant, selon le cas, confié à ses soins, pourvu que la force ne dépasse pas la mesure raisonnable dans les circonstances ». Comment juger des circonstances et de la mesure « raisonnable » ? Le juge McCombs, qui a rendu ce verdict dit, par contre, que frapper un enfant à la tête ou utiliser un objet, ne devrait pas être toléré. Encore une fois, comment peut-on savoir si un objet a été utilisé ? Et si l’enfant a reçu un coup de poing ou de pied, n’est-il pas aussi meurtri que s’il avait été frappé par un objet ? En définitive, qui croira-t-on, l’adulte ou l’enfant ?

À quoi sert la Charte ?

Considérant que les Québé­cois et Québécoises se sont dotés d’une Charte des droits et libertés de la personne, […] dans laquelle l’article 39 stipule : « Tout enfant a droit à la protection, à la sécurité et à l’attention que ses parents ou les personnes qui en tiennent lieu peuvent lui donner », n’est-ce pas en contradiction avec ces belles valeurs lors­qu’on autorise les châtiments corporels ?

D’un autre côté, dans le son­dage, on dit que 63 % des répondants croient que les enfants développent des pro­blèmes psychologiques qui peuvent perdurer lorsqu’on crie ou sacre après eux de façon répétée. Donc, nous sommes conscients des séquel­les possibles vécues par les enfants, mais nous acceptons que les parents corrigent cor­porellement leurs enfants. Avons-nous peur d’agir en fonction de notre conscience quant à la possibilité de séquel­les pour nos enfants et, d’avoir le courage de nos opinions ? […J En conclusion, nous sommes d’avis qu’en permet­tant les châtiments corporels, on fuit le réel problème. Décidons-nous d’évoluer ou de régresser ?

Chantal Bouchard et Gloria Duchesneau
Pour Espace-Estrie
Organisme de prévention des abus commis envers les enfants

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