Chiquita Brands
Ceux qui ont vu l’excellent documentaire « La Corporation », qui compare le profil psychologique des multinationales à celui des psychopathes, ne seront pas surpris d’apprendre ce qui suit. Le 21 mars 2007, la compagnie de bananes Chiquita Brands, les bananes qui ont une étiquette bleue avec une femme portant un bol de fruits sur la tête, a été reconnue coupable de financer les Auto Défenses Unies (AUC) de Colombie, un groupe terroriste d’extrême-droite. Ces derniers sont un des plus gros narcotrafiquants de cocaïne au monde ainsi que responsable de milliers d’assassinats.
Cette multinationale américaine, une des plus riches de la planète, a offert plus de cent paiements en argent pour un total de deux millions de SCAN aux groupes paramilitaires de Córdoba et d’Urabá pour leur « protection » De plus, en 2001, Chiquita Brands a fait parvenir avec l’aide de sa flotte, 3000 AK 47 et plus de cinq millions de munitions afin d’armer ce groupe terroriste ! Tout ceci en pleine connaissance des plus hautes instances de la compagnie et de ses PDG.
Un lourd passé criminel
Il faut se rappeler que les AUC tout comme Chiquita Brands ont un lourd passé criminel. Dans le contexte de la « guerre sale » qui se déroule en Colombie, les AUC ont fait près de 50 000 victimes depuis les.années 1980 en plus de s’infiltrer dans les plus hautes sphères de l’État. Ont été assassinés paysans, syndicalistes, politiciens, défenseurs des droits humains, journalistes, étudiants et bien d’autres, qui ne faisaient que lutter pour leurs droits. Chiquita Brands, anciennement connue sous le nom de la United Fruits Cie, n’en est pas à ses premiers crimes en sol colombien non plus. Par exemple, en 1928, près de 3000 hommes et femmes qui manifestaient sur la place publique pour de meilleures conditions de travail, ont été abattues par l’armée sur les ordres de cette compagnie, leurs cadavres ensuite jetés à la mer !
Les travailleurs de Chiquita Brands ont-il raison d’exiger de meilleures conditions de travail ? Faut voir que selon un syndicat de la bananeraie du Costa Rica, les pesticides Counter utilisés par la compagnie, que ses avions répandent sans distinction sur les maisons, les écoles et les places publiques, ont causé la stérilité auprès des 13 000 travailleuses et a également mis fin à la vie de quelques-unes d’entre elles. Ceci est sans parler des salaires infinimum et du comportement farouchement antisyndical de l’entreprise.
Nestlé, Coca-Cola…
Mais Chiquita Brands n’est pas la seule compagnie à violer les droits humains et à utiliser les services des Auto Défense Unies de Colombie pour se protéger de ses propres employés. Il y a aussi d’autres marques bien connues comme Nestlé et Coca-Cola.
Demandez-le au syndicat de la boisson gazeuse qui compte plus de huit leaders syndicaux assassinés. Comme -Isidro Segundo Gil, leader syndical abattu de dix balles en 1996 alors qu’il rentrait à l’usine. Ce même jour, le bureau du syndicat fut incendié et le lendemain, un groupe armé s’est présenté aux travailleurs en leur faisant cette offre généreuse : sortir du syndicat ou mourir. Récemment, les travailleurs de Nestlé ont connus la même expérience alors qu’en plein conflit de travail, ils ont été abordés par un groupe paramilitaire qui leur a dit d’accepter les conditions de la compagnie, sinon, ils seraient tuer. Menaces très crédibles lorsque l’on sait que depuis 20 ans, plus de 4000 syndicalistes ont été assassinés en Colombie.
Financement de groupes terroristes, trafic d’armes, menaces, meurtres, coupes de forêts tropicales, utilisation de pesticides dangereux, etc., bref, le plus grand irrespect des travailleurs et de la planète. Ces compagnies criminelles semblent prêtes à tout pour faire un petit peu plus d’argent. Alors, la prochaine fois que vous irez chez Maxi, Metro ou IGA et que verrez des bananes à 59 cennes la livre, demandez-vous qui est-ce qui paie le vrai prix à l’autre bout de la ligne ?
Actuellement en Colombie, Philippe Viens travaille pou le RAI en lien avec le Secrétariat des Droits humains dé l’Association Colombienne des Étudiants et Étudiantes.
Par Philippe Viens • Regroupement autonome des jeunes (RAJ)



