Y a-t-il une nouvelle vocation?

1 décembre 2004
Crédit image : Patrice Côté

Centre-ville de Sherbrooke

Il est déjà loin le temps où le centre-ville de Sherbrooke rimait avec prospérité. En dépit des nombreux efforts déployés pour revitaliser le cœur de la ville, notamment par la Corporation du centre-ville de Sherbrooke, celui-ci affiche encore des airs de désolation. Faut-il s’en surprendre quand on sait que le centre névralgique de la consommation se situe dans le secteur du Carrefour de l’Estrie ? Les magasins à grande surface s’y installent à profusion, et ce, trop souvent au détriment des commerçants locaux. Des sondages démontrent hors de tout doute que les géants du commerce ont un impact immédiat sur la majorité des commerces en place, les premiers signes étant une diminution de l’achalandage suivie d’une baisse du chiffre d’affaires.

Ça saute aux yeux ! La rue Wellington, artère importante du centre-ville, compte plu­sieurs locaux vacants. En pa­rallèle, l’achalandage des bars contraste avec celui des com­merces. Ne soyons pas trop alarmistes ! Aujourd’hui, des bureaux de professionnels – comptables, avocats, boîtes de communication, etc. – s’y sont installés et des écoles spéciali­sées, telles le Collège de l’Estrie pour l’informatique, l’école 24 Juin pour la cuisine et le Pont de bois pour l’ébénisterie, couvrent de bonnes superficies. Ces développements se présen­tent comme un terreau fertile pour maintenir en place une variée de cafés et restaurants.

Les grandes surfaces ont eu un effet négatif sur 4 7, 8 % des commerçants de centre-ville

La majeure partie des récents travaux effectués ont de quoi flatter l’orgueil de ce quartier historique où pour plusieurs, il fait bon vivre. Mais ne nous leurrons pas car c’est dans l’air du temps : une forte majorité des consommateurs et con­sommatrices optent pour les magasins à grande surface parce qu’ils leur permettent de dépenser à moindre coût. Avec l’implantation du Carrefour de l’Estrie voilà plusieurs an­nées, la désertion du centre-ville s’est accentuée. Mais à présent, il y a pire : les grandes surfaces prolifèrent dans ce secteur, et jusque sur le plateau Saint-Joseph où l’on retrouve « le plus grand méga-centre hors Montréal ». Cette problématique n’est pas que sherbrookoise ; au contraire, elle s’étend à l’ensemble des centres-villes du Québec et aussi, à travers les pays de l’Occident.

En 2003, une étude du Regroupement des centres-villes et artères commerciales du Québec, révélait que les magasins à grande surface ont eu un effet négatif sur 47,8 % des commerçants de centre-ville ; qu’ils ont entraîné une baisse du chiffre d’affaires de moins de 20 % par année pour 91 % des places d’affaires inter­rogées. Rien ne nous indique que cette tendance s’améliora quand l’on connaît la férocité de notre économie de marché et le laxisme de certains admi­nistrateurs municipaux. Le véritable drame dans notre économie, c’est de laisser les capitaux étrangers envahir notre marché au détriment des capitaux locaux, sans condition et sans aucune étude d’impact.

Soyons francs ! Aucun « petit commerçant » ne peut rivaliser avec de tels géants !

À la différence des commer­çants locaux, les profits géné­rés par les capitaux de Wall-Mart fuient à l’extérieur de la région au lieu d’être réinvestis dans la communauté. Soyons francs ! Aucun « petit com­merçant » ne peut rivaliser avec de tels géants.

À ce sujet, est-ce qu’une étude d’impact a été exigée par la Ville auprès des promoteurs du plateau Saint-Joseph en re­gard du déménagement du Wall-Mart de Rock Forest là-bas ? C’est à en douter ! Si oui, de quelle ampleur sociale, économique et environnementale a-t-elle été faite ? Est-ce que le centre d’achats de Rock Forest, déjà mal en point, est appelé à disparaître ou à devenir tout simplement un éléphant blanc ? Comment se fait-il que l’administration Perreault ne se préoccupe pas plus de l’harmonisation de la Nouvelle Ville ? Quelle marge de manœuvre ont les conseil­lers municipaux de l’arrondis­sement Rock Forest devant une administration qui sem­ble s’attarder aux revenus de taxes, peu importe les conséquences à court et moyen tees sur les populations et commerçants et aussi sur l’environnement ?

Regardons autour de nous ! Combien de méga-épiceries ont vu le jour ou ont changé de lieux ces dix dernières années dans le paysage sherbrookois ? La population aurait-elle dou­blé à ce point ? Nos besoins alimentaires sont mieux com­blés que jamais ! Il faut croire que l’administration Perreault est friande de ces payeurs de taxes ! Un mora­toire sur les magasins à grande surface aurait permis d’éviter ce « développement »… déplora­ble et aussi, faciliter la vie démocratique dans la Cité.

 

 

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