Ma première invitation de Noël

1 décembre 2003

L’hiver était terrible. Ma famille et moi venions à peine d’arriver au Québec quelques jours avant Noël. Ce jour-là, la température marquait -32°C et le vent soufflait sans arrêt. Pour une personne qui vient d’un pays plus chaud (l’ex-Yougoslavie), cela était horrible. Je me suis demandé quelle était la grandeur de mon péché pour que Dieu m’envoie vivre dans ce pays glacial.

J’avais une peur profonde que les gens d’ici ressemblent aux conditions du climat. J’imagi­nais ma nouvelle façon de vivre comme celle des Esquimaux qui habitent dans des igloos isolés, très éloignés les uns des autres. Je suis sorti et me suis rendu au centre d’achats. Première sortie, première dé­couverte. Les rues étaient vides mais le centre d’achats bondé de monde. Beaucoup de gens se parlaient entre eux, riaient et même, se querel­laient. Ils avaient les mains plei­nes de sacs et de cadeaux. Pour moi, c’était la joie de vivre et un signe positif que de la vie, il y en avait ici.

Partout, on lisait Joyeux Noël. Cette fête existait aussi dans mon pays d’origine, même qu’il existait deux Noël, celui des catholiques et celui des orthodoxes. Mais, les communistes étaient au pouvoir et Noël avait une signification secondaire. Tout le monde fêtait la Fête du travail et le jour de l’Indépendance mais les fêtes religieuses se fêtaient plus discrètement en famille.

Une invitation surprise

Donc, je suis revenu chez moi t en entrant dans l’immeuble, j’ai rencontré une dame et lui ai dit bonjour rapidement. À ma grande surprise, elle m’a adressé la parole, m’a dit s’ap­peler Gertrude St-Pierre et a rajouté qu’elle savait que nous venions d’un pays où il y avait une guerre sanglante et que nous devions nous sentir bien seuls. éloignés de nos parents et amis. Elle nous a invités à fêter Noël avec sa famille.

C’était un choc, je vous l’as­sure, et en même temps un grand plaisir. Ma théorie sur les igloos et les voisins éloignés a battu en retraite. Pour quel­qu’un qui avait perdu toutes ses illusions sur la générosité hu­maine, cette invitation a été une lumière au bout du tunnel dans lequel il voyageait durant toutes ces années de guerre.

J’ai donc accepté et c’est ainsi que j’ai reçu ma première invitation de Noël au Québec. Madame St-Pierre nous a dit : « Ma famille s’est agrandie et mes enfants ont gagné une nouvelle sœur et un nouveau frère ! » J’étais heureux et fier de ma « famille adoptive ».

C’est de cette manière, que durant ma quarantième année, j’ai été adopté par une famille formidable. C’était une pre­mière invitation de Noël qui restera mémorable et comme le meilleur cadeau de Noël de ma vie.

 

 

 

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