Le temps des fêtes
Nous en sommes à quelques jours d’une nouvelle année. Vient avec sa venue l’occasion de festoyer en bonne compagnie. Pour la majorité d’entre nous, le temps des fêtes est effectivement synonyme de rassemblement avec la famille, de bonne bouffe, de chaleur, d’un peu d’alcool et de présents. Mais qu’en est-il pour les minorités culturelles nouvellement arrivées au pays ?
C’est avec cette préoccupation que j’ai rencontré Javier, un Colombien nouvellement arrivé à Sherbrooke. À mon avis, il est trop simpliste de croire que cette période de l’année est joyeuse pour tous et que nous pouvons célébrer sans aucun remords. En effet, si à la base, mon investigation avait la prétention de faire ressortir ce que signifie pour un nouvel immigrant la fête de Noël et comment elle est vécue à l’extérieur du Canada, il en aura rapidement résulté une réflexion sur le sens de cette période de l’année et des valeurs qui y gravitent.
À cela, il faut rattaché l’isolement que vivent bien des gens, personnes moins fortunées ou immigrants, ici même dans notre ville, notre quartier, voire notre rue. Cet isolement s’intensifiera davantage lorsque sonneront les douze coups de minuit. Avec eux résonnera une nostalgie marquée par la froidure de l’hiver. Il est facile de s’imaginer une personne, seule et loin des siens, vivre d’intenses émotions de solitude…
Le Noël colombien
Pour bien comprendre la réalité du nouvel arrivant, il faut remonter à Noël, dans son pays d’origine. En Colombie, pays à majorité catholique, Noël est bel et bien fêté mais on observe une différence de taille, celle du partage inconditionnel, Le climat aidant, le gros des festivités a lieu dans les rues. Dans les jours précédents, les gens auront pris soin de préparer la nourriture faite de tamales, natillas et buñuelos, tandis que les rues seront’ décorées de papiers et de tissus de toutes sortes et toutes couleurs, et certains arbres, décorés et/ou illuminés. Les gens de la communauté et les familles participent à toute cette préparation. Lorsqu’arrive Noël, la famille sera réunie sous un même toit, ou dans la rue, avec alcool et musique. La culture hispanophone est à la danse et cette fête ne fait pas exception ! Si l’influence occidentale se fait sentir par la présence de présents, l’accent reste mis sur le partage d’alcool et de nourriture, de sourires.
Vos amis sont nos amis
Cela va au-delà des frontières familiales et s’adresse aussi aux voisins, aux amis des voisins, et aux amis de leurs amis ! Les festivités durent toute la nuit et se poursuivent le lendemain sous forme d’escapade à la rivière ou de dégustation d’un barbecue. La même rengaine recommence au jour de l’An, avec, cette fois, la réalisation d’épouvantails confectionnés à l’aide de tissus et de détritus de toutes sortes. Ces épouvantails, appelés Aňos Viejos, connaîtront un court destin : ils seront brûlés à minuit pile.
L’idée n’est pas de tracer le parallèle avec notre culture québécoise. Tous en savent beaucoup sur le sujet. Cependant, l’occasion invite à nous rappeler qu’ici, alors que Noël est d’abord et avant tout, une fête familiale, les nouveaux immigrants sont souvent seuls, éloignés de leur famille et ne possèdent pas encore un grand réseau. Pour Javier, le Noël ici est donc empreint de nostalgie.
Parce qu’au-delà des nôtres, il y a les autres…
S’il tentera de reproduire une teinte de sa culture avec d’autres arrivants de sa région, il n’est certes pas assuré de retrouver la magie d’autrefois. II se sentira triste lorsqu’il décrochera le téléphone pour adresser aux siens, à des milliers de kilomètres, des vœux de bonheur et émettre le souhait d’une proximité presqu’illusoire. Pour Javier et pour beaucoup de ses semblables, notre manière de vivre Noël avec nos traditions (nourriture spéciale, musiques et rigodons uniques), en famille « de souche et de sang », leur semble inaccessible. En effet, comment peuvent-ils avoir accès à ces moments réconfortants qui se vivent derrière des portes doses ?
Alors, si j’avais un souhait à émettre pour ce Noël, il s’adresserait aux gens de Sherbrooke pour qu’ils accueillent dans leur demeure, une personne immigrante qui désire ardemment faire partie de notre grande famille. Ouvrir nos portes, ouvrir notre cœur, voilà la magie de Noël. Parce qu’au-delà des nôtres, il y a les autres…



