Consommation a outrance

1 Décembre 2005

Acheter, donner et recevoir

Je ne pense pas réinventer le sujet. Beaucoup d’encre a déjà coulé quant à la consommation à outrance que provoque le dernier mois de l’année dans nos mœurs et coutumes occidentales. Pourtant, force est d’admettre que la tentation est, pour beaucoup d’entre nous, plus forte que la raison. C’est pourquoi, en ce mois de décembre, sommes-nous rendus à nous préoccuper sur ce que nous pourrions demander ou offrir aux gens que l’on aime. Un véritable casse-tête coûteux et stressant.

Mais qu’assouvit donc ce geste d’acheter, de donner ou de re­cevoir un bien matériel ? Est-ce si important de se faire gâter et de gâter les personnes que nous apprécions de cette façon ? Ne serait-il pas plus sage, tant aux niveaux économique, éco­logique mais aussi affectif, social et familial, de se « conten­ter » d’être ensemble, d’établir ou de renforcer nos liens ?

En avoir ou pas

À mes yeux, l’intermédiaire du présent crée trop souvent une distance entre deux personnes. Vous n’avez qu’à penser à tou­tes ces occasions où le fait de recevoir un présent vous ren­dait mal à l’aise, soit parce que « c’était beaucoup trop, tu n’aurais pas dû » ; ou que le pré­sent était totalement inutile ; ou que vous aviez déjà l’objet en question ; ou que vous n’aviez pas vous-même l’in­tention d’en offrir à la per­sonne vous en offrant un ; ou que le cadeau offert avait une valeur beaucoup plus haute ou plus minime que celui reçu ; ou que tous n’ont pas reçu un présent, créant du même coup jalousie ou incompréhension… À cela, il faut rajouter les tour­ments occasionnés par le choix des personnes à récompenser et de la valeur respective des. cadeaux qui leur sont dévolus, ainsi que le manque de temps ou d’inspiration, qui finalement vous rendent insatisfait de vos choix. C’est sans oublier le stress dans les magasins à grande surface et aux gros points de vente qui nous rend dingues… La liste des effets néfastes à la consommation pourrait être aussi longue que celle produite par l’imaginaire d’un gosse et, ici, n’a même pas été abordé cette surproduction de marchandises et de tout son emballage qui aggrave, année après année, les conditions de notre environnement.

Malgré tout, nous sommes à divers niveaux écrasés sous la pression découlant de cette tradition moderne liée à l’hys­térie de Noël. Cette vision fait que le don matériel est vu et perçu comme une forme d’ap­préciation de l’autre, une « preuve » d’appréciation, un « allant de soi ». Dans cette perspective, pourquoi ne pas porter attention sur notre façon de consommer et sur la na­ture de ce que nous achetons. Parce que c’est en échange de montants d’argent contre du matériel que nous pouvons aussi faire d’un « cadeau deux coups » en encourageant, par exemple, les commerçants lo­caux, les produits découlant du commerce équitable, voire les deux !

Imaginez !

Imaginez un instant le chif­fre d’affaires de multinationa­les grimper à chaque dernier trimestre annuel, et imaginez du même souffle le genre de fête de Noël que ces gens vi­vent et se payent, et ce, avec votre argent Ou. bien vous avez l’occasion, par ce prétexte de festivités hivernales, de don­ner un petit coup de main à quelqu’un du coin, ou sinon, d’acheter un produit où les profits iront dans les poches de gens qui en ont réellement besoin.

Si, pour la plupart d’entre nous, il est difficile, du moins à court terme, de nous dépar­tir de cette pratique qu’est la consommation, nous avons cependant le pouvoir de con­sommer intelligemment et modérément. N’entendons-nous pas durant le temps des fêtes que la modération a bien meilleur goût ? Alors joyeux cadeaux et bonne conscience !

 

 

 

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