La fin du chant
C’est au cœur des vastes steppes mongoles que la famille de Schuumur a jeté sa yourte. Dans ce décor plus grand que nature, les déchirements de cette famille, racontés à mi-mots, sont exprimés par le biais du drame d’une jument qui vient de perdre son poulain et qui se refuse à en nourrir un autre, orphelin depuis peu. Sur ces terres où la vie des hommes est étroitement liée à celles des animaux, la survie dépend de la capacité de chacun de non seulement abandonner sa solitude, mais d’aimer.
Cette Mongolie aux accents de légendes, aux luttes entre dans et aux rites chamaniques est en mutation ; ses traditions et ses habitants migrent vers la ville et ses promesses. La jeune Dombuk, qui rêvait de devenir chaman; ne parvint pas à survivre à ces transformations : « L’époque qui avait fait brutalement irruption ne laissait pas de place aux retardataires. » Les horloges se substituent au soleil et à la lune, le travail en usine à celui de l’élevage.
Galsan Tschinag est né en Mongolie en 1994 dans une famille d’éleveurs nomades. Publié d’abord en allemand puisqu’il profita d’études universitaires dans ce pays, ses œuvres sont traduites depuis huit ans en fiançais. Il habite actuellement la capitale mongole, Oulan-Bator Galsan Tschinag, par le biais de ses œuvres, s’impose comme un ardent défenseur des coutumes et traditions de son peuple.
Source : Alexandra Gilbert. Journal Alternatives, vol. 12. n° 2 / octobre 2005
TSCHlNAG. Galsan. La fin du chant, Éditons L’Esprit des péninsules, Paris, 2005 (2001 pour l’édition originale en allemand). 182 pages
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La promesse d’Oslo
Voici un très beau roman, tout en douceur et en simplicité. Un peu de douleur aussi. Gilles Rozier, avec La promesse d’Oslo, nous amène à Jérusalem, dans la vie d’une mère endeuillée, Sharon. Une femme juive orthodoxe vient de perdre son fils dans un attentat suicide. Son seul fils Eli, à peine 20 ans, qui avait décidé de faire son service militaire, même si la loi lui permettait à lui et aux autres jeunes de sa communauté de s’en abstenir. Tous les autres avaient plutôt pris le chemin de la maison d’études. « Eli n’était pas d’accord, quand tu vis dans un pays tu fais comme tout le monde, s’il y a trois ans d’armée tu fais trois ans, après tu vas étudier mais d’abord l’armée pour pouvoir regarder les gens sans baisser les yeux dans l’autobus à la poste chez l’épicier. »
Mais voilà le seul fils de Sharon meurt, non pas en service mais alors qu’il rentrait à la maison et s’était arrêté pour lui acheter des fleurs. Sharon a 42 ans et son mari l’a divorcée. car elle n’arrivait plus à enfanter. Elle n’avait qu’une vie, qu’un destin, son fils, Eli. Mais Eli n’est plus.
Commence alors la vie lente, sans vie, de Sharon, qui continue chacun des gestes convenus du quotidien d’une femme religieuse. Elle continue aussi à se rendre à la maison de vieux où elle officie aux cuisines. Mais le quartier, la voisine, la maison l’étouffent. Elle déménage, fait la rencontre d’une femme qui a le même âge qu’elle, mais qui n’est pas religieuse. Celle-ci, Magda, a un enfant après insémination. Et si elle, Sharon, faisait de même ? Le livre dit « Croissez et multipliez ». Le rabbin, humain, lui dit que dans ce cas il ne faut pas que le père soit juif. Il faut donc aller là où il n’y a pas de juifs, comme en Norvège, à Oslo par exemple.
Gilles Rozier est né en 1963 à Grenoble. Il a déjà publié quelques romans, dont trois chez Denoël : Par-delà les monts obscurs,1999 ; Moïse fiction, 2001 ; Un amour sans résistance, 2003 (traduit dans treize pays) ; ainsi qu’un récit, Fugue à Leipzig, 2005. Également l’auteur d’une thèse de littérature yiddish, il a les rênes de la bibliothèque Medem à Paris avec l’intention de faire sortir le yiddish de ses étagères poussières. Et en 2003, il a ouvert la Maison de la culture yiddish dans un hôtel particulier du 9e arrondissement, question de faire connaître au plus grand nombre la culture ashkénaze.
Source : France-Isabelle Langlois, Journal Alternatives, Vol. 12, n° 2 / octobre 2005
ROZIER. Gilles. La promesse d’Oslo, Éditions Denoël, Pans, 2005, 192 pages



