Le clone médiatisé

1 janvier 2003

L’annonce de la « supposée » naissance du premier enfant cloné par la firme Clonaid a bénéficié d’une couverture médiatique importante de la part des membres de la presse écrite et électronique. À ce jour, nous ne savons toujours pas si « l’expérience » a vraiment eu lieu puisque ses dirigeants se refusent à dévoiler l’identité du nouveau-né. Il est permis, par contre, de se questionner sur l’importance accordée à une telle nouvelle. Les Raëliens semblent maîtriser l’art des coups d’éclat. Les médias du monde entier ont-ils fait les frais d’un canular ?

Les médias se ruent sur la nouvelle

Depuis deux semaines, les médias mondiaux ont consacré plusieurs reportages à une nouvelle dont le mérite scientifique reste à être démontré. Elle a fait couler beaucoup d’encre et a provoqué de nombreux débats. Des chroniqueurs (Petrowski, Nuovo, Bourgault, Foglia…) ont tour à tour mordu à l’hameçon tendu par Vorilhon et ses adeptes. Il est navrant de constater que les médias ont diffusé une « nouvelle » en l’absence de la moindre preuve scientifique. Des journalistes se sont accaparés de l’espace médiatique pour nous manifester leur scepticisme autant que leur méconnaissance du sujet, et ce, au grand dam de leur lectorat respectif. Les commentaires des lecteurs dans la section de « La Boîte aux lettres » (La Presse,7 janvier 2003) en témoignent : « Raël sait comment attirer l’attention des médias. Et les médias, tous, sont assez crétins pour tomber dans le panneau ».

À la décharge des médias

Les avis sont partagés dans le milieu quant au traitement offert à l’annonce de Clonaid. On ne semble pas prêt à faire son mea culpa. Par contre, les médias se devaient de rapporter la nouvelle même si certains redoutaient le canular. Le journaliste Yves Boisvert explique la situation : « Pour ce qui est de la manipulation des médias, elle est d’autant plus gênante et d’autant moins pardonnable que les messagers sont notoirement non crédibles. On ne peut pas donner le bénéfice du doute à quelqu’un qui dit avoir rencontré un extraterrestre dans un volcan et être allé faire un tour de soucoupe volante ». (La Presse, 8 janvier 2003) Le même jour, l’éditorialiste André Pratte défend le travail des médias. Ces derniers ont, selon lui, exigé des preuves de la part de Clonaid, exécutant par le fait même leur travail. Il ajoute : « Aujourd’hui, la grande majorité des gens, informés par les dits médias, soupçonnent bien qu’il s’agit d’une supercherie ».

Supercherie ou pas, l’annonce de Clonaid aura permis, à tout le moins, de se questionner sur les enjeux et les conséquences entourant le clonage humain, et ce, même si la plupart des médias ont évacué les questions d’ordre moral, philosophique et scientifique pour ne s’attarder qu’aux prétentions fumeuses des Raëliens. Dans un tel contexte, la vigilance journalistique devient un élément majeur du traitement de l’information et une responsabilité de l’ensemble du monde des médias.

Claude Richard, pour le CRÉMI

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