De nos jours, celui ou celle qui veut en apprendre sur l’Afrique sans s’imposer d’arides lectures de travaux d’historiens est un peu pris au dépourvu. Premièrement, parce que l’Afrique, c’est une cinquantaine de pays tous plus différents les uns que les autres. Malgré ce que les panafricanistes voudraient croire, ce vaste terri­toire est loin d’être homogène. Cela dit, il n’en est que plus fasci­nant pour le mordu d’anthropologie, de politique ou d’économie.

Pour le journaliste qu’est Kapuscinski, l’Afrique, c’est une véritable passion. Celui-ci ne s’empêche pas d’ailleurs d’uti­liser ce vocable — « Afrique »­qui peut paraître réducteur. Pour lui, l’âme africaine existe. Il ne se gêne pas en effet pour généraliser subtilement des traits de ces pays tropicaux qui cicatrisent tous, plus ou moins vite, les blessures de l’époque coloniale pas si lointaine.

Cela dit, les livres du journaliste polonais sont avant tout des récits palpitants d’aventures rocambolesques. On ne compte plus les fois où il aurait pu lais­ser sa peau en traversant une zone de guerre ou simplement le désert. On a mal partout à lire les descriptions de ses nom­breuses crises de paludisme ou des effets d’une morsure de scorpion. Mais le plus fascinant est de le laisser nous expliquer en quelques paragraphes des problèmes qui ne nous sont ja­mais présentés aussi intelligem­ment, en peu de mots. Il nous offre aussi des portraits vivants de dictateurs comme Idir Amin ou de héros comme Nkrumah. Il expose des scandales et critique avec une sé­vérité désolée la luxure des despotes noirs.

Les meilleures lectures que l’on peut faire pour comprendre l’Afrique, selon Kapuscinski, sont les pièces de Shakespeare. L’histoire africaine en est une de tragédies où les rois meurent à la traître lame d’un conspirateur. Où tout bascule rapidement. « La vie y foisonne de manière luxuriante, écrit-il, mais tout finit par y pourrir. »

KAPUSCINSKI Ryszard, n’y aura pas de paradis et Ébène, Pocket.

 

 

 

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