L’impérialisme humanitaire

1 septembre 2006
| Aucun auteur

Essai

Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?, préface de Normand Baillargeon

Doit-on bombarder un peuple entier — incluant les femmes — sous prétexte que ces dernières sont soumises à un régime bar­bare et dégradant ? Un pays qui soutient des dictatures partout dans le monde a-t-il la légitimité pour entreprendre des « chan­gements de régime » lorsque cela lui convient, simplement en prétendant « construire la démo­cratie » ? C’est à ces questions où les considérations politiques, éthiques et morales sont aussi nombreuses que complexes, que s’attaque Jean Bricmont dans cet excellent ouvrage, et auxquel­les il répond… non !

Professeur de physique théo­rique à l’Université de Louvain (Belgique) et auteur, avec Alan Sokal, du retentissant Impostu­res intellectuelles (Odile Jacob, 1997), Jean Bricmont applique à ces questions un rationalisme d’une rigueur implacable. En quelques thèses bien ordonnées, l’auteur déconstruit les mythes chers à l’Occident depuis qu’il a entrepris de conquérir le monde, du « fardeau de l’homme blanc » au « devoir d’ingérence » en pas­sant par toutes leurs déclinaisons « démocratiques » et « humani­taires ». La gauche et les ONG n’échappent pas à l’œil scruta­teur (et accusateur) de Jean Bricmont, elles qui trop souvent, en Afghanistan notamment, s’échinent à trouver les explications les plus tarabiscotées pour justifier l’injustifiable : leur appui servile à l’impérialisme le plus brutal — pourvu qu’il se drape dans les oripeaux de la « liberté ».

On retiendra notamment les arguments anti-impérialistes évoqués dans le chapitre « L’arme de la culpabilité », où l’auteur pourfend les tenants de la thèse du « ni-ni » (« ni Israël, ni le Hezbollah », dirait-on aujourd’hui). Les tenants du « ni-ni » font d’abord fi des rap­ports de force dans le monde, se gardent soigneusement de discriminer les agresseurs des agressés, les dominants des do­minés et, ajoute Bricmont, font « comme si nous étions situés au-dessus de la mêlée, en dehors de l’espace et du temps, alors que nous vivons, travaillons et payons des impôts dans les pays agresseurs et leurs alliés ». Des arguments forts pour une opposition sans complexe aux guerres actuelles et futures.

BRICMONT Jean, L’impérialisme huma­nitaire. Droits de l’homme, droit d’ingé­rence, droit du plus fort ?, préface de Nor­mand Baillargeon, Lux Éditeur, Montréal, 2006, 248 pages.

Source : Journal Alternatives, Culture, Juan Gcnzalez, Vol. 13, no 1. sept. 2006, p. 6

 

 

 

Partager :

facebook icontwitter iconfacebook icon