Intimidation et liberté d’expression*

1 décembre 2003
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Le dimanche 30 novembre dernier avait lieu une marche paci­fique à Sherbrooke pour dénoncer la présence militaire dans un espace urbain comme Sherbrooke ainsi que le rôle « politico-militaire » de l’armée canadienne en Afghanistan. Sans aller, à. ce moment-ci, sur le fond du débat, nous tenons à attirer l’at­tention des lecteurs et lectrices sur quelques éléments « trou­blants » concernant le rôle de la police municipale lors de cette marche pacifique ayant rassemblé environ 300 personnes. Mal­gré une bonne collaboration de la police municipale concernant le contrôle du trafic pour sécuriser le trajet des marcheurs et marcheuses, la présence d’un nombre très élevé de policiers (incluant une escouade « anti-émeute » d’une vingtaine de poli­ciers…) nous semble nettement exagérée. Cependant, deux éléments nous troublent davantage.

Premièrement, plus d’une dizaine de policiers filmaient ou photographiaient les marcheurs et marcheuses créant ainsi une atmosphère « suspecte », comme si nous étions des criminels en liberté ou en puissance. Ce type de présence policière relève davantage de l’intimidation visant à briser les mouvements de contestation socio-politiques contre les politiques et orientations gouvernementales que de la « prévention criminelle ». D’ail­leurs, ce type d’ intimidation s’est beaucoup développé depuis quelques années déjà, mais se produit de façon de plus en plus accentuée. Évidemment, les personnes participant à de telles marches ou manifestations pour la première fois ont raison de craindre l’utilisation de ces photos ou films (pour leur travail ou autres…), les décourageant ainsi à venir exprimer librement et publiquement leurs opinions.

Deuxièmement, prolongeant quelque peu la marche « offi­cielle », une cinquantaine de jeunes ont poursuivi celle-ci et ils étaient à cinq minutes de terminer lorsque des policiers ont vio­lemment projeté un marcheur par terre, « maîtrisé » par quatre ou cinq policiers pour ensuite le « jeter » dans une camionnette non identifiée pour le transporter au poste de police, et ce, en moins d’une minute ! ! ! Tout de suite après cette arrestation bru­tale, plus d’une vingtaine de policiers casqués, « padés » et matraques en main sont descendus d’un minibus pour former une « haie » en face des marcheurs et marcheuses. Le tout s’étant déroulé devant une vingtaine de témoins qui étaient pré­sents dans un bar face au lieu du déroulement des événe­ments… Cette démonstration de force non-justifiée et nette­ment exagérée par l’arrestation brutale d’un marcheur pacifi­que suivi du déploiement de « I’ anti-émeute » de la police muni­cipale ne relève que de la provocation et de l’intimidation pure dans un contexte d’une marche demeurée pacifique. Souli­gnons que depuis l’élection du gouvernement Charest, la police municipale semble s’orienter davantage vers ce type d’inter­vention. D’ailleurs, peut-être était-elle pressée « d’étrenner » ses « jouets » tous neufs « de contrôle de foules »…

Enfin, soulignons que la police municipale a agi une fois que les médias eurent quitté et, de façon très curieuse (le hasard faisant bien les choses…), cette scène d’arrestation suivi du déploiement de « l’anti-émeute » ne semble pas avoir été filmée par ces mêmes policiers malgré tout leur attirail qui leur ont per­mis de prendre des centaines de photos et mètres de films… Si jamais le service de police a filmé ces scènes, pourquoi ne pas les rendre publiques ? ? ?

En tant que représentants des organismes ayant organisé la marche pacifique du 30 novembre 2003, nous nous indignons devant cette montée d’intimidation et de répression policière et dénonçons fermement ces tactiques policières pour nous « faire taire ». Nous lançons un message très clair aux forces policières et aux instances politiques responsables de celles-ci : vous ne parviendrez pas à nous faire taire devant des injustices sociales flagrantes malgré vos méthodes d’intimidation et de répression !

 

Fernand D’Ascanio du Conseil régional de la FTQ
Philippes Viens du Regroupement autonome des jeunes de Sherbrooke
Gabriel Dumas de l’Association étudiante du Collège de Sherbrooke
Normand Gilbert de Solidarité Populaire Estrie

* Note : Compte tenu de l’importance de la question soulevée dans cette lettre ouverte parue dans La Tribune le 4 décembre 2003, l’équipe de rédaction a jugé bon de l’appuyer en la reproduisant comme éditorial…

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