Congorama de Philippe Falardeau
Curieux objet de cinéma que ce nouveau film de Pierre Falardeau. Avec Congorama, le cinéaste de La moitié gauche du frigo plonge le spectateur en pleine confusion dans une histoire où les coïncidences se multiplient. Vaut mieux être attentif. Ce film au scénario en forme de casse-tête s’amorce en Belgique. Michel Roy (Olivier Gourmet) est un ingénieur marié à une Congolaise et il vient de concevoir une curieuse invention qu’il juge fort pratique. Le couple a un petit garçon. Ayant appris par son père paraplégique qu’il a été adopté, Michel part à la recherche de ses origines au Québec. C’est là que le récit commence à prendre forme.
L’ingénieur se rend dans la localité de Sainte-Cécile, où son père biologique est censé vivre. En même temps, nous rencontrons Louis (Paul Ahmarani) qui conduit une vieille voiture reconvertie avec moteur électrique. Jusque là, le spectateur est toujours un peu perdu, ne sachant quelle direction va prendre ce film déroutant. Puis, sur la route transportant nos deux personnages vers Montréal, survient un accident qui changera leur vie… et qui vient rompre le récit jusque là linéaire. Le casse-tête débute. Après un préambule assez long (plus de trente minutes), Falardeau utilise le processus du temps inversé pour remonter le fil des événements à rebours et ainsi donner au spectateur les éléments qui lui manquait pour comprendre ce qui se passe.
Difficile de se brancher
Je dois admettre que ce type de mise en scène ne m’a pas particulièrement ébloui. Car plusieurs films récents ont utilisé cette technique de temps décalé pour nous raconter des histoires (pensons à Mémento, entre autres). Et avec succès. C’est devenu très en vogue dans le cinéma qui se veut « branché ». Ce style de récit échevelé pourrait faire penser aux films de David Lynch, en moins étrange et onirique toutefois. Le film aborde des thèmes tels la quête d’identité, la dissimulation ou le mensonge, la tromperie, l’absence du père (thème pour le moins récurrent dans le cinéma québécois…). C’est une comédie dramatique présentée sous la forme d’un road movie géographique. Falardeau nous fait voir, grâce au procédé de la caméra subjective, le point de vue de chacun de ses protagonistes. C’est ainsi que le spectateur est amené à reconstituer peu à peu le casse-tête.
L’art du casse-tête
Congorama est un exemple de film rigoureusement travaillé. Techniquement, c’est finement réalisé et le montage est efficace. La mécanique du scénario est solidement construite, avec un bon punch final…bien que vraiment tiré par les cheveux. Ce sont ces histoires entrecroisées entre les personnages et les multiples coïncidences qui viennent compléter le fameux puzzle qui me posent problème. Voilà le principal défaut du film : tout s’emboîte si parfaitement qu’on a l’impression que c’est trop bien calculé. Le film perd au change et en devient un peu artificiel. Son récit démarre lentement et même s’il finit par accrocher le spectateur patient, il ne parvient pas réellement à nous captiver jusqu’à la fin.
Quelques scènes amusantes nous font sourire, comme celles qui nous montre Michel en Belge dépaysé au moment de son arrivée à Sainte-Cécile. Elles viennent alléger le rythme assez lourd du film. Le jeu des acteurs n’est pas en cause, mais je ne suis pas parvenu à m’intéresser vraiment à leurs péripéties. Il manque quelque chose aux personnages pour les rendre vraiment attachants et touchants. Par conséquent, on a du mal à adhérer entièrement à cette histoire fantaisiste à la mise en scène trop éclatée pour être pleinement convaincante. Pourtant loin d’être mauvais, ce film précédé d’une rumeur favorable m’a tout de même laissé insatisfait. Dommage.



