Controverse au journal de Sherbrooke

1 Décembre 2006

Des questions sans réponse

Récemment, Le, journal de Sherbrooke a été secoué par une crise importante. A la suite d’un reportage controversé dans son édition du 20 octobre 2006 et impliquant le premier ministre Jean Charest, le journal, via la direction de Quebecor, a congédié le journaliste Alain Bérubé et le chef de pupitre Pascal Morin pour « non-respect des politiques de journalisme et de vérifica­tion des faits avant de publier ». Le premier article s’est inspiré d’un autre paru dans le journal souverainiste Le Québécois et’ questionne la capacité de M. Charest de s’offrir des résidences luxueuses à même son salaire de premier ministre. L’article est accompagné d’une photo montrant le prétendu chalet situé à North Hatley et dont ce dernier n’en est pas en fait le pro­priétaire. Le second article dévoile les réactions du cabinet du premier ministre face à ces déclarations jugées dérisoires. Selon la direction de Quebecor, une telle erreur journalistique est inacceptable. En effet, une des règles de base du journalisme n’a pas été respectée, à savoir, celle de toujours vérifier les sources d’information avant de publier. Malgré l’impact d’une telle erreur, les congédiements du journaliste et celui du chef de pupitre du journal sont-ils justifiés ?

Mea culpa

Le bureau du premier ministre a adressé une demande d’excuses au Journal de Sherbrooke. La direction y a répondu rapidement en consacrant la Une de son édition du 27 octobre à cet effet. Le titre était sans équivoque : « Nos excuses au premier mi­nistre Jean Charest ». La direction a également admis que la. publication de ce reportage « contrevenait gravement aux prin­cipes de rigueur, d’équilibre, d’exactitude et d’équité qui s’im­posent aux médias et aux journalistes ». Des excuses publiques essentielles, mais qui n’effacent pas l’erreur commise. Com­ment la direction de Quebecor a-t-elle pu laisser passer une faute aussi énorme dans trois de ses journaux (Le Journal de Montréal, Le Journal de Sherbrooke et Le Journal de Québec) ?Com­ment peut-elle justifier ces deux congédiements alors que le chef de pupitre du Journal de Québec, Michel Hébert, n’a pas subi le même sort pour la même faute ? Est-ce parce que Le Journal de Sherbrooke est situé dans le comté du premier ministre ? Outre le congédiement, d’autres mesures s’offraient-elles à la direction ?

Bien des questions

Le Collectif Régional d’Éducation sur les Médias d’Informa­tion (CRÉMI) se questionne sur l’implication de telles déci­sions sur l’éthique journalistique. Jusqu’où peut-on aller lors­qu’une telle erreur est commise ? Est-il juste d’aller jusqu’à con­gédier les personnes en cause ? Dernièrement, la journaliste de Radio-Canada, Christine Saint-Pierre, a été tenue à l’écart durant un mois parce qu’elle avait écrit une lettre dans des quotidiens pour défendre la présence des forces militaires cana­diennes en Afghanistan. Dans son cas où les conséquences sont beaucoup plus grandes, il n’y a pas eu de congédiement. Pour­tant, la faute était-elle plus grave parce que les journalistes se doivent de faire preuve d’impartialité ? Nous souhaitons que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ section Estrie) apportera des réponses à toutes ces questions.

Sources La tribune, La Presse et Le Journal de Sherbrooke, octobre 2006

 

 

 

 

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