Quelques notes sur la bande dessinée

15 mars 1986

La bande dessinée est vraiment un phénomène du XXe siècle. Par ses origines, la B.D. est d’inspiration populaire, reflet des préoccupa­tions d’une époque.

À travers le monde, plus de 250 millions de personnes lisent quotidiennement la bande dessi­née de Charlie Brown publiée dans près de 2 000 journaux. Les aventures de Tintin sont traduites dans 28 langues et distribuées dans 32 pays. En 1980, l’album « Lagaffe mérite des baffes » de Franquin a été tiré à 700 000 exemplaires dont 60 000 ont été vendus au Québec seulement. Aux É.-U., le marché de la B.D. avait rapporté plus de 100 mil­lions de dollars, en profit seule­ment.

Comment expliquer cet en­gouement pour la bande dessi­née ? Même si on dit que ce genre est réservé aux enfants, de nom­breux adultes lisent, peut-être en cachette, de la B.D. eux aussi. La B.D. se relit facilement aussi; on consacrera 3 à 4 heures pour lire un roman qu’on ne relira sans doute jamais, mais on lira et reli­ra facilement une bande dessi­née, ce qui ne nous prendra qu’une demi-heure.

Est-ce un genre facile ? Je ne le crois pas, mais tout se trouve dans la B.D. : l’image et le texte. Cette lecture n’est pas toujours facile. Si les enfants compren­nent immédiatement l’image, il n’en est pas de même pour les adultes.

Ce sont ces mêmes adultes, surtout ceux de l’élite intellec­tuelle, qui méprisent la B.D. En fait, ils ont peut-être peur qu’on vulgarise leur savoir, leurs théo­ries, maintenant que l’écrit est à la portée de tout le monde, grâce au support de l’image.

Quoi que nous fassions, la ci­vilisation de l’imprimé recule. La télévision, le cinéma et la bande dessinée sont là pour rester et pour nous faire évoluer.

Ce qu’il faudrait c’est que, comme adulte, nous n’ayons plus peur de ce moyen de communica­tion, mais plutôt que nous appre­nions à le décoder.

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