La prison Winter: Un cancer social guérissable?

13 juin 1986

La prison Winter constitue présentement la honte d’une région comme l’Estrie qui se veut, d’autre part, pro­gressiste.

Malgré le fait que tous et toutes, ou presque, réalisent le caractère intolérable de la situa­tion depuis plus de 10 ans, rien n’a changé. Les détenus sont tou­jours incarcérés dans des cellules de 4′ x 6′ où il y a à peine de la place pour un lit, une chaudière pour les besoins et pratiquement aucune lumière; pas de salle de réunion, pas d’atelier, accès li­mité au plein air et aucune possi­bilité de s’occuper créativement et éducativement. La prison Winter, construite en 1873 est une réplique de la prison de Trois-Rivières qui vient d’être fermée, sur recommandation du protecteur du citoyen. C’est un parfait, exemple de « boulet » social non rentable économiquement ou so­cialement.

Coût économique : près de 40 000,00 $ par détenu par année.

Coût social : des individus qui, pour des crimes mineurs et non violents, sont emprisonnés pour une moyenne de trois mois dans des conditions moralement, psychologiquement et physiquement destructrices, qui, à leur sortie, n’auront qu’une idée en tête : faire payer le système, le plus, cher possible.

Un sondage récent réalisé par le Centre International de Crimi­nologie Comparée de l’université de Montréal révèle que même en cas de récidive pour un crime mi­neur non violent, 79.3 % des personnes interrogées ne sont pas favorables à l’emprisonnement.

Si l’on tient compte des déclarations récentes du Solliciteur gé­néral, Gérard Latulippe, et du fait que le sondage précédent servira de référence à la commission Landreville chargée de recom­mander un programme d’alternatives à l’emprisonnement, on peut supposer que dans un avenir prochain, on verra de moins en moins de sentences d’emprison­nement pour le genre de délits et crimes mineurs pour lesquels des détenus sont emprisonnés à Winter.

Alors, pourquoi un nouveau centre de détention ? Parce que d’une part, les besoins en déten­tion préventive demeureront. Parce que les alternatives à l’em­prisonnement ne pourront être mises en place d’ici quelques années. Parce que ces programmes, pour plusieurs, réclameront la collaboration des deux paliers de gouvernement et celle des juges, et que cela ne se produira pas, instantanément. Parce qu’il est parfaitement possible que le futur centre de détention soit construit en tenant compte de l’évolution prévisible des méthodes de traite­ment de la criminalité qui évo­luent de plus en plus vers la réha­bilitation et la réintégration so­ciale des personnes détenues). Parce qu’il est très possible de concevoir de façon innovatrice et créatrice un centre de détention qui répondra aux besoins actuels et qui pourra être reconverti au besoin en centre de transition. Parce que la situation actuelle de mépris pour les droits fondamen­taux des personnes détenues doit cesser.

Il faut maintenant que nos hommes et femmes d’affaires estrien-nes ainsi que nos politiciens comprennent que la fermeture du donjon Winter qui hypothèque à la fois le potentiel de développe­ment humain et économique ré­gional, doit se faire au plus tôt.

Comme il semble (encore une fois !) qu’un projet de construc­tion soit actuellement à l’étude devant le Conseil du trésor, il se­rait bon de rappeler au gouverne­ment qu’il ne serait pas « ren­table », de retarder indûment la mise en chantier du projet et de monnayer celui-ci à des fins pu­rement électorales.

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