En 1983, M. Jacques Gagné, vice-doyen de la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, a établi à 14 000 le nombre de Canadiens et Canadiennes qui moururent cette année-là des effets secondaires des médicaments et à 100 000 le nombre d’hospitalisations dues aux effets secondaires des médicaments. À l’échelle canadienne, la Fédération nationale des Associations de consommateurs du Québec (FNACQ) estime à plus de 600 millions de dollars par année la facture d’hospitalisation totale. Au Québec, il en coûterait près de 80 millions par année pour hospitaliser les victimes de la mauvaise utilisation des médicaments.
En conséquence, la FNACQ demande au Premier ministre canadien, M. Brian Mulroney, de retirer le projet de loi visant à modifier la « Loi des brevets de l’industrie pharmaceutique » qui doit être déposée au Parlement d’Ottawa lors de la prochaine session. Une lettre en ce sens a été envoyée au bureau du Premier ministre, l’invitant vigoureusement à ne pas encourager l’industrie dont la structure du marché et le fonctionnement consistent à vendre des médicaments sans tenir compte de leur réelle utilité ou de leur emploi.
La recherche… de profits surtout
L’industrie pharmaceutique ne cesse d’invoquer les coûts de la recherche pour nous refiler des factures de plus en plus élevées. Toutefois, le Rapport Eastman (Rapport sur la commission d’enquête sur l’industrie pharmaceutique au Canada) a démontré que les millions investis par l’industrie servent « surtout à des fins stratégiques pour maintenir et augmenter la part du marché plutôt qu’à la découverte de nouveaux médicaments importants ». De plus, le même rapport concluait que la part du budget allouée par l’industrie pharmaceutique à la publicité était quatre fois plus importante que celle revenant à la recherche. Vendre des médicaments sans tenir compte de leur réelle utilité, de leur apport médical, ou de leur emploi : voilà la finalité de cette industrie et la FNACQ veut lutter aussi pour protéger la santé des consommateurs et des consommatrices.
La santé des consommateurs et consommatrices… en effets secondaires
Un organisme européen de consommateurs et de consommatrices « Action Santé Internationale » et l’Union internationale des organisations de consommateurs viennent de publier un dossier noir dans lequel on conclut que 70 % au moins des médicaments actuellement disponibles sur le marché mondial devraient être considérés comme des « produits superflus et/ou indésirables, qui tendent à détériorer la santé plutôt qu’à l’améliorer ». Quant à elle, l’Organisation mondiale de la santé reconnaît comme utile une centaine de médicaments parmi plus de 8 000 produits vendus sur ordonnance.
Les efforts du Premier ministre canadien visant à contrer les effets économiques et sociaux des drogues illicites (héroïne, cocaïne), ne devraient pas lui faire oublier les milliers de Canadiens et de Canadiennes qui meurent chaque année des effets des drogues brevetées. Pour informations : 563-8144.
Jacques Côté, ACEF de Sherbrooke


