Au retour d’une journée passée à Omerville, à jouer à la guerre, un collaborateur d’Entrée Libre raconte son expérience.
Vous avez peur de vous ennuyer cet été ? Eh bien… Allez à la guerre ! Les jeux de guerre (Élimination, Commando Taktik, etc.) sont des sortes « d’Île Fantastique » où l’on peut réaliser nos fantasmes les plus meurtriers, contre argent comptant.
Moi, quand j’y suis allé, j’en revenais pas. Tout y est, uniforme, maquillage et bien sûr, L’ARME. Elle ne lance que des boules de peinture, mais quand même, c’est plus qu’une tapette à mouches. Avez-vous déjà tenu une arme dans vos mains ? C’est affolant, on se sent tout à coup très puissant (aurions-nous peur d’être impuissants ?). Une fois l’arme dans les mains, les gars se sont mis à tirer partout. Heureusement, l’animateur a repris le contrôle à temps.
Il nous explique alors que nous allons nous amuser sainement, entre copains. Le jeu consiste à voler le drapeau qui est dans le camp ennemi et de le ramener dans le sien. Deux mots à retenir : drapeau et ennemi. On s’enfonce alors dans un drôle de boisé où les arbres et les écureuils sont tachés de jaune. Nos prédécesseurs se sont pratiqués sur eux, comme nous le faisons maintenant.
Au sifflet, c’est la guerre. J’ai peur. Tout le monde court l’arme au poing. Au début, je me sens un peu comme un civil pris entre deux feux, caché, j’essaie de comprendre l’arme que j’ai entre les mains.
Au retour de la première partie, les farces commencent. On traite l’ennemi de Viet-Cons. C’est vrai que le racisme excite les passions destructrices (le nazisme, vous connaissez ?).
Il y a aussi des manifestations de franche camaraderie. Les gars s’échangent des munitions, se protègent mutuellement et se mettent ensemble pour tuer les autres. C’est ce qu’on appelle l’amitié virile.
Moi, je me suis fait tirer en pleine face, bien que ce soit interdit. L’esprit sportif disparaît lentement. Un gars qui venait de se rendre s’est fait tiré dans le dos. L’agressivité monte, la mise en situation est de plus en plus réaliste. Il y a même du monde qui fume des joints, comme au Vietnam.
Ensuite viennent les farces cochonnes, la bière et la satisfaction d’une journée bien remplie. En fait, c’était tellement une belle journée que je crois que les gars vont garder un bon souvenir de la guerre. Ils vont s’en rappeler comme d’une place où on est fort, puissant même.
Beaucoup de démarches sont faites pour interdire la vente de jouets militaires aux enfants; à voir les adultes, je comprends pourquoi. Mes camarades venaient d’apprivoiser la guerre. Des petits jeux de cowboys, ils sont passés aux jeux de guerre plus réalistes. La prochaine étape fait peur à imaginer. Certains iront dans l’armée, tant ils ont rigolé. Une chose semble sûre : si un jour il y a une vraie guerre, mes camarades de la journée iront plus facilement que d’autres, c’est triste à penser, niais c’est comme ça.
N.B. : Je n’ai pas féminisé mon article, parce que je voyais ça comme une affaire de gars (à part peut-être Madame Thatcher).





