coups de coeur 2025
Silent Jenny
Mathieu Bablet
Rue de Sèvre
Silent Jenny nous fait vivre un futur où la Terre est ravagée, aride et stérilisée par la destruction de la biodiversité. L’humanité est essentiellement réduite à quelques villes dominées par une corporation aux accents orwelliens. D’autres groupes vivent une migration constante à bord de grands vaisseaux-villes roulants baptisés monades.
C’est à bord d’une de celles-ci que vit Jenny, une jeune femme peu loquace et plutôt solitaire. Jenny passe son temps à effectuer des recherches de terrain pour le compte de la corporation. Le but ? Trouver de l’ADN d’abeille. Celles-ci ont complètement disparu et avec elles toute végétation. Jenny espère transmettre un monde en guérison aux générations futures.
Cette quête se fait au niveau microscopique de la surface, grâce à une technologie fournie par la corporation. Les plongées ne sont pas sans risques ni danger. Les rencontres et les expériences qu’y fait Jenny finissent aussi par lui couter beaucoup et par l’ébranler fortement. Sa lutte vaut-elle la peine ? Qu’y a-t-il vraiment pour elle dans la société des humains ?
Mathieu Bablet (Shangri-La, Carbone et Silicium) est vraiment au sommet de son art avec ce récit au graphisme précis et grandiose. Silent Jenny est parfaitement rythmé, rempli d’amertume et de joies, de défaites et d’espoirs.
Chronologies
Stephie Mazunya
Éditions du remue-ménage
Dans Chronologies, c’est trois voix féminines fortes qui se rencontrent. Il y a d’abord Mico, née au Québec qui doit se rendre au Burundi après la mort de sa mère afin d’honorer les vœux de celle-ci. Après, il y a Kaneza, née au Burundi, contrainte à quitter son pays à 14 ans pour sa sécurité. Et il y a Antoinette, la figure maternelle qui souhaite s’émanciper en tant que femme tout en protégeant sa famille. Les trois personnages, traversés par des quêtes de sens, apparaissent comme des miroirs l’une de l’autre, des doubles. Elles tentent d’explorer leur identité tout en naviguant leur place dans le monde.
Diverses références à des œuvres de littérature noire accompagnent la lecture, poussant la réflexion encore plus loin. L’histoire du Burundi et du Rwanda est racontée de manière claire et touchante. On y honore la mémoire d’un pays, d’un peuple parmi lequel le silence couvre la douleur. Pour s’affranchir, Mico, Keneza et Antoinette prennent la parole. Un processus guérisseur et significatif. Distinguée par sa fluidité et sa profondeur, Chronologies est une pièce de théâtre nécessaire.
Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur
Véronique Marcotte
Québec Amérique
Isolée dans le bois pour prendre une pause et se ressourcer, la narratrice recueille malgré elle Jade et son fils. Tous deux se cachent et fuient une tragédie, partageant un lourd secret. À des kilomètres de là, l’inspectrice Lefèvre enquête sur un double meurtre. Le genre d’histoire qui touche et bouleverse une petite communauté tricotée serrée.
Page après page, on découvre alors les vies des différents protagonistes, et dans le même temps l’atroce vérité se révèle.
Véronique Marcotte nous livre un roman surprenant dans sa proposition: allier le roman policier à un récit « meetoo ». Elle le fait avec brio, mêlant habilement le suspense et l’autofiction. Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur est un livre féministe, sans compromis, à la fois révoltant et addictif.




