Violence conjugale à Sherbrooke
Alors que personne n’y voit rien dans les rues de Sherbrooke, le Service de police à la ville reçoit trois à quatre appels par jour pour dénoncer une situation de violence conjugale (TQS novembre 2005). Malgré une sensibilisation populaire croissante au sujet de cette violence, un travail intensif reste à faire pour briser les tabous et rejoindre les jeunes à travers une intervention autant politique que policière et communautaire.
Selon les dernières études du ministère de la Sécurité publique du Québec, 431 personnes en Estrie ont été victimes de violence conjugale en 2002, dont 375 femmes et 56 hommes (La Tribune, 19 janvier 2005). À Sherbrooke, il s’agit de 270 interventions policières ainsi que de 193 rencontres avec les victimes pour l’année 2005. Pour établir une comparaison avec les années antérieures, le présent code criminel rend la tâche très difficile. André Lemire du Service de police explique : « Le grand problème avec les statistiques générales sur la violence conjugale est que cette dernière n’a pas un statut particulier dans le code criminel. Les actes de violence conjugale sont donc regroupés avec toutes les autres voies de faits, ce qui empêche leur analyse détaillée ».
Pour Francine Collard, de la Maison l’Escale de l’Estrie (centre d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale), il n’est pas question d’une hausse ou d’une diminution de la violence, mais plutôt d’une augmentation de la volonté de dénoncer de telles situations. Elle affirme : « De plus en plus, les femmes ont moins de tolérance par rapport à la violence conjugale et elles ont moins peur d’appeler et d’en parler. Néanmoins, la violence conjugale, c’est encore très tabou, même pour soi. On se dit que c’est exceptionnel et que la réaction de notre partenaire ne se répétera pas. Et puis, on minimise et on banalise les choses jusqu’à ce quels.’ ‘violence soit une routine dans laquelle on est ».
Collaboration étroite
Pour venir en aide aux victimes de violence conjugale, une collaboration étroite s’effectue entre le Service de police de la ville de Sherbrooke, la Maison l’Escale de l’Estrie et le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels de l’Estrie (CAVAC). Aussitôt qu’il est confronté à une telle situation, le corps policier contacte le CAVAC et réfèrent les femmes victimes à l’Escale pour leur hébergement. F. Collard ajoute : « À Sherbrooke, on est gâté comparativement aux autres villes. Les policières et policiers sont très sensibles à la question de la violence conjugale et ils offrent leur collaboration avant même qu’une demande soit faite par les organismes ».
Un rôle politique
Mis à part cette collaboration policière, la Ville peut-elle s’impliquer sur le plan politique pour contribuer à la réduction de la violence conjugale ? Les avis sont partagés. D’une part, A. Lemire considère que « le conseil municipal n’a rien à voir avec cette préoccupation plutôt policière que politique ». C’est l’avis partagé par le conseiller Louida Brochu du Comité de sécurité publique à la Ville de Sherbrooke. Il est d’avis que l’administration municipale a « un rôle facilitateur auprès des organismes concernés et qu’elle n’envisage pas d’intervenir politiquement afin d’établir un plan d’action pour lutter contre la violence conjugale ».
D’autre part, F. Collard souligne qu’un travail politique est nécessaire quant à la diffusion de publicités qui dénoncent la violence conjugale. Preuve à l’appui, elle fait référence à la dernière campagne de sensibilisation mise sur pied par le gouvernement provincial, qui a provoqué une hausse des appels dénonçant des situations de violence conjugale. De plus, ce besoin de sensibilisation est encore plus urgent lorsqu’on considère l’augmentation de cette violence chez les jeunes de 15 à 16 ans. F. Collard affirme : « Il faut faire des conférences et augmenter la publicité dans les écoles, les milieux de travail… partout ! La sensibilisation, ça fonctionne ! ». Dans cette optique, rien n’empêche la Ville de mettre sur pied, en collaboration avec le gouvernement provincial, une autre campagne publicitaire ici. Enfin, ce serait la moindre des choses d’inclure la réduction de la violence conjugale au cœur des orientations politiques du Comité de sécurité publique et du Comité consultatif de la famille.



