Briser les tabous

1 septembre 2006

Violence conjugale à Sherbrooke

Alors que personne n’y voit rien dans les rues de Sherbrooke, le Service de police à la ville reçoit trois à quatre appels par jour pour dénoncer une situation de violence conjugale (TQS novembre 2005). Malgré une sensibilisation populaire crois­sante au sujet de cette violence, un travail intensif reste à faire pour briser les tabous et rejoindre les jeunes à travers une in­tervention autant politique que policière et communautaire.

Selon les dernières études du ministère de la Sécurité pu­blique du Québec, 431 per­sonnes en Estrie ont été vic­times de violence conjugale en 2002, dont 375 femmes et 56 hommes (La Tribune, 19 jan­vier 2005). À Sherbrooke, il s’agit de 270 interventions policières ainsi que de 193 ren­contres avec les victimes pour l’année 2005. Pour établir une comparaison avec les années antérieures, le présent code cri­minel rend la tâche très diffi­cile. André Lemire du Service de police explique : « Le grand problème avec les statistiques générales sur la violence conjugale est que cette dernière n’a pas un statut particulier dans le code criminel. Les actes de violence conjugale sont donc regroupés avec toutes les autres voies de faits, ce qui empêche leur analyse détaillée ».

Pour Francine Collard, de la Maison l’Escale de l’Estrie (centre d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale), il n’est pas question d’une hausse ou d’une dimi­nution de la violence, mais plu­tôt d’une augmentation de la volonté de dénoncer de telles situations. Elle affirme : « De plus en plus, les femmes ont moins de tolérance par rapport à la violence conjugale et elles ont moins peur d’appeler et d’en parler. Néanmoins, la vio­lence conjugale, c’est encore très tabou, même pour soi. On se dit que c’est exceptionnel et que la réaction de notre par­tenaire ne se répétera pas. Et puis, on minimise et on banalise les choses jusqu’à ce quels.’ ‘violence soit une routine dans laquelle on est ».

Collaboration étroite

Pour venir en aide aux victimes de violence conjugale, une col­laboration étroite s’effectue entre le Service de police de la ville de Sherbrooke, la Maison l’Escale de l’Estrie et le Centre d’aide aux victimes d’actes cri­minels de l’Estrie (CAVAC). Aussitôt qu’il est confronté à une telle situation, le corps policier contacte le CAVAC et réfèrent les femmes victimes à l’Escale pour leur héberge­ment. F. Collard ajoute : « À Sherbrooke, on est gâté com­parativement aux autres villes. Les policières et policiers sont très sensibles à la question de la violence conjugale et ils offrent leur collaboration avant même qu’une demande soit faite par les organismes ».

Un rôle politique

Mis à part cette collaboration policière, la Ville peut-elle s’im­pliquer sur le plan politique pour contribuer à la réduction de la violence conjugale ? Les avis sont partagés. D’une part, A. Lemire considère que « le conseil municipal n’a rien à voir avec cette préoccupation plu­tôt policière que politique ». C’est l’avis partagé par le con­seiller Louida Brochu du Co­mité de sécurité publique à la Ville de Sherbrooke. Il est d’avis que l’administration munici­pale a « un rôle facilitateur auprès des organismes concer­nés et qu’elle n’envisage pas d’intervenir politiquement afin d’établir un plan d’action pour lutter contre la violence con­jugale ».

D’autre part, F. Collard souli­gne qu’un travail politique est nécessaire quant à la diffusion de publicités qui dénoncent la violence conjugale. Preuve à l’appui, elle fait référence à la dernière campagne de sensi­bilisation mise sur pied par le gouvernement provincial, qui a provoqué une hausse des appels dénonçant des situations de violence conjugale. De plus, ce besoin de sensibilisation est encore plus urgent lorsqu’on considère l’augmentation de cette violence chez les jeunes de 15 à 16 ans. F. Collard affirme : « Il faut faire des conférences et augmenter la pu­blicité dans les écoles, les mi­lieux de travail… partout ! La sensibilisation, ça fonc­tionne ! ». Dans cette optique, rien n’empêche la Ville de mettre sur pied, en collabora­tion avec le gouvernement provincial, une autre campagne publicitaire ici. Enfin, ce serait la moindre des choses d’in­clure la réduction de la violence conjugale au cœur des orien­tations politiques du Comité de sécurité publique et du Co­mité consultatif de la famille.

 

 

 

 

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