Pour plusieurs personnes, l’avortement est un droit acquis qui ne sera jamais remis en question au Canada. Pourtant, c’est une question qui demeure d’actualité et qui revient plus souvent qu’autrement au cœur des débats politiques. L’avortement est sans cesse remis en question par le mouvement anti-choix, dont nous avons peut-être tendance à sous-estimer l’influence. Celui-ci est encore bien présent et actif, encouragé par la vague anti-choix ,américaine et sa droite religieuse. Nous devons demeurer vigilantes et vigilants afin de nous assurer de conserver nos acquis et de ne pas les laisser prendre du terrain au détriment de ce droit gagné par les femmes à la suite de longs combats.

La situation est malheureu­sement loin d’être idéale et la lutte pour l’accessibilité des femmes à des services complets et gratuits doit se poursuivre. Le Canadian Abortion Rights Action League (CARAL) a publié un document au prin­temps 2003 auquel nous avons eu accès en septembre. Dans Protecting Abortion Rights in Canada, on retrouve les obs­tacles auxquels se heurtent les femmes qui souhaitent se faire avorter dans les hôpitaux ca­nadiens. Premier fait : seule­ment 17,8 % des hôpitaux généraux du pays pratiquent des avortements et dans cer­taines provinces, ces services hospitaliers brillent par leur absence. En plus, les hôpitaux qui offrent des services d’avor­tement ne le font pas tous sans obstacle. Dans certains, plutôt que de renseigner les femmes, on les dirige immédiatement vers des services anti-choix où on tentera grandement d’in­fluencer leur décision.

Quand les médecins appliquent les freins…

Dans une entrevue accordée à TQS, le médecin Claude Paquin disait qu’il arrive par­fois que certains professionnels de la santé écoutent leurs valeurs morales plutôt que les besoins de leurs patientes et prennent de petites entourlou­pettes, question de prolonger le temps, de raccourcir le délai durant lequel elles pourraient réagir. Soit en leur disant que la grossesse est trop avancée à 12 semaines pour penser à l’avortement ou encore en leur mentionnant qu’elles doivent absolument passer une écho­graphie afin de connaître le nombre exact de semaines, tout en sachant qu’il y a un temps d’attente d’un mois minimum pour obtenir un rendez-vous pour cet examen. Ce comportement a « pour conséquence de biaiser la décision de leurs patientes et pour celles qui feraient des démarches afin d’avoir recours à l’avortement, de leur com­pliquer le processus et peut-être même de les obliger à avoir recours à un avortement tardif qui est beaucoup plus compliqué et plus difficile à vivre. Comme quoi la latitude des médecins peut être un frein au droit des femmes de faire un choix libre et éclairé.

Finalement, durant la période électorale de juin 2004, l’avortement a été remis sur la table par des propos complète­ment aberrants. Cheryl Galant, députée conservatrice ontarienne, a soutenu qu’il n’y a pas de différence entre l’avortement et la décapitation d’un Américain en Irak. Cette déclaration a soulevé l’indi­gnation et plusieurs personnes ont questionné M. Harper, chef du Parti conservateur, sur ses intentions quant à l’avortement. Celui-ci a répli­qué qu’il n’avait aucunement l’intention de légiférer sur l’avortement s’il est élu, mais qu’il n’empêcherait pas un député de déposer un projet de loi sur ce point. Pour le mouvement pro-choix, le message livré est inquiétant. Avec M. Harper au pouvoir, reculerons-nous comme aux États-Unis ?

Lorsqu’on parle de droits des femmes, nous devons obliga­toirement penser au droit des femmes d’avoir des services complets, accessibles et gratuits en planification des naissances afin que ces der­nières soient en mesure de prendre une décision libre et éclairée quant à l’issue de leur grossesse. Ni conjoint, ni juge, ni médecin, c’est aux femmes à décider !

 

 

 

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