Coïncidence et quête d’identité

1 novembre 2006
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Congorama de Philippe Falardeau

Curieux objet de cinéma que ce nouveau film de Pierre Falardeau. Avec Congorama, le cinéaste de La moitié gauche du frigo plonge le spectateur en pleine confusion dans une histoire où les coïnci­dences se multiplient. Vaut mieux être attentif. Ce film au scé­nario en forme de casse-tête s’amorce en Belgique. Michel Roy (Olivier Gourmet) est un ingénieur marié à une Congolaise et il vient de concevoir une curieuse invention qu’il juge fort pratique. Le couple a un petit garçon. Ayant appris par son père paraplégique qu’il a été adopté, Michel part à la recherche de ses origines au Québec. C’est là que le récit commence à prendre forme.

L’ingénieur se rend dans la lo­calité de Sainte-Cécile, où son père biologique est censé vivre. En même temps, nous rencon­trons Louis (Paul Ahmarani) qui conduit une vieille voiture reconvertie avec moteur élec­trique. Jusque là, le spectateur est toujours un peu perdu, ne sachant quelle direction va pren­dre ce film déroutant. Puis, sur la route transportant nos deux personnages vers Montréal, survient un accident qui chan­gera leur vie… et qui vient rom­pre le récit jusque là linéaire. Le casse-tête débute. Après un préambule assez long (plus de trente minutes), Falardeau uti­lise le processus du temps inversé pour remonter le fil des événe­ments à rebours et ainsi donner au spectateur les éléments qui lui manquait pour compren­dre ce qui se passe.

Difficile de se brancher

Je dois admettre que ce type de mise en scène ne m’a pas parti­culièrement ébloui. Car plusieurs films récents ont utilisé cette technique de temps décalé pour nous raconter des histoires (pensons à Mémento, entre autres). Et avec succès. C’est devenu très en vogue dans le cinéma qui se veut « branché ». Ce style de récit échevelé pour­rait faire penser aux films de David Lynch, en moins étrange et onirique toutefois. Le film aborde des thèmes tels la quête d’identité, la dissi­mulation ou le mensonge, la tromperie, l’absence du père (thème pour le moins récurrent dans le cinéma québécois…). C’est une comédie dramatique présentée sous la forme d’un road movie géographique. Falardeau nous fait voir, grâce au procédé de la caméra subjective, le point de vue de chacun de ses protagonistes. C’est ainsi que le spectateur est amené à recons­tituer peu à peu le casse-tête.

L’art du casse-tête

Congorama est un exemple de film rigoureusement travaillé. Techniquement, c’est finement réalisé et le montage est efficace. La mécanique du scénario est solidement construite, avec un bon punch final…bien que vraiment tiré par les cheveux. Ce sont ces histoires entrecroi­sées entre les personnages et les multiples coïncidences qui viennent compléter le fameux puzzle qui me posent pro­blème. Voilà le principal défaut du film : tout s’emboîte si par­faitement qu’on a l’impression que c’est trop bien calculé. Le film perd au change et en de­vient un peu artificiel. Son récit démarre lentement et même s’il finit par accrocher le spec­tateur patient, il ne parvient pas réellement à nous captiver jusqu’à la fin.

Quelques scènes amusantes nous font sourire, comme cel­les qui nous montre Michel en Belge dépaysé au moment de son arrivée à Sainte-Cécile. Elles viennent alléger le rythme assez lourd du film. Le jeu des acteurs n’est pas en cause, mais je ne suis pas parvenu à m’intéresser vrai­ment à leurs péripéties. Il manque quelque chose aux per­sonnages pour les rendre vrai­ment attachants et touchants. Par conséquent, on a du mal à adhérer entièrement à cette histoire fantaisiste à la mise en scène trop éclatée pour être pleinement convaincante. Pourtant loin d’être mauvais, ce film précédé d’une rumeur favorable m’a tout de même laissé insatisfait. Dommage.

 

 

 

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