Boulangerie Deniers de Sherbrooke
L’annonce de la fermeture de la production à la Boulangerie Demers a pris bien des Sherbrookois par surprise, y compris l’ancien propriétaire lui-même, monsieur Henri Demers. Quant aux travailleurs, ceux-ci se doutaient bien que quelque chose ne tournait pas rond et qu’ils devaient s’attendre au pire. À quelques jours de Noël, ils ont appris que cette institution, vieille de 54 ans, ne produirait plus de pain à la fin février.
Si la nouvelle est tombée comme une roche, c’est qu’il y avait de quoi. La Boulangerie Demers et sa filiale de Magog, la Boulangerie Marchand, ont été vendues le mois d’août dernier aux frères Faucher, également propriétaires de la Boulangerie St-Méthode. Monsieur Demers avait consenti cette transaction parce que, disait-il, les frères Faucher défendaient les mêmes valeurs familiales que lui. Lors de l’entente, les acheteurs promettaient de créer des emplois et ils allèrent jusqu’à dire qu’ils désiraient quadrupler ceux de Magog.
Une « vraie » entreprise sherbrookoise
La Boulangerie Demers a été fondée en 1918 à Norbertville par Joseph Aquila Demers. Les frères Demers ont par la suite pris la relève et en 1950, se sont installés dans l’édifice actuel de la rue Denault. Très vite, la production est passée à 5000 pains par semaine. Aujourd’hui, elle en produit 100 000. L’annonce a créé un choc dans ce quartier ouvrier où de nombreuses familles ont grandi à l’ombre des usines de textile. Plusieurs gens du secteur se rendent régulièrement au comptoir de vente. La clientèle déborde largement le quartier.
Les 25 salariés de la Boulangerie Demers se sentent floués. Très tôt après l’achat de la boulangerie, des changements ont été imposés : les nouveaux propriétaires garantissaient leur emploi jusqu’en novembre seulement ; le retranchement de près de la moitié des variétés de pain produites réduisait la production et entraînait des mises à pied. Enfin, lors la rencontre du 2 décembre, les frères Faucher ont annoncé la fermeture définitive le 29 janvier prochain. La situation est dramatique pour la majorité des employés. La moyenne d’âge est de 50 ans et plusieurs comptent plus de 20 années d’expérience. Lors de leur embauche, la scolarité n’avait pas d’importance. N’ayant pas obtenu leur diplôme de secondaire cinq, plusieurs auront sûrement de la difficulté à se trouver un nouvel emploi.
La peur du syndicalisme
Pendant que la boulangerie sur la rue Denault vit ses dernières productions, il n’en va pas ainsi à celle de Magog. Au cours des derniers mois, cette boulangerie a procédé à l’embauche d’employés sans connaissance de la nature du travail. Des gens d’expérience ont été mis de côté. Très peu de travailleurs de la Boulangerie Demers, de trois à cinq employés tout au plus, seront transférés à la Boulangerie Marchand. Les frères Faucher craindraient-ils l’implantation d’un syndicat à Magog ? Est-ce la raison pour laquelle ils ont mis de côté tant de travailleurs expérimentés ?
Comme toujours, c’est l’argent qui mène ! Comment une entreprise, qui était rentable depuis 54 ans, peut-elle devenir en trois mois non-rentable ? Pour y répondre, il faut comprendre que les frères Faucher ont appris la recette : concentrer la production à la même place et éliminer les employés syndiqués. Sans syndicat, les travailleurs n’ont plus de protection et leurs conditions salariales et de travail sont à la baisse… et les profits à la hausse. Pour contrer cette injustice face à des salariés qui ont contribué au maintien et à l’enrichissement de cette boulangerie locale, la CSN-Estrie compte mobiliser la population, les élus et les organismes afin de renverser la décision de mettre fin aux activités de production. Entrée Libre y sera.




