Pour la première fois depuis 50 ans, des élections multipartites ont été tenues, le 30 janvier 2005, en Irak. Le tsunami médiatique qui a précédé, suivi — et, dans une certaine mesure, créé — l’événement, est parvenu à transfigurer dramatiquement le sens des mots et à enfouir la vérité sous une tonne de boue, jusqu’à proclamer cette mascarade écœurante un « grand jour pour la Démocratie » ou encore une « victoire pour l’administration Bush ». De telles inepties relèvent au mieux de l’ignorance, au pire du mensonge.
Vous rappelez-vous, le 20 mars 2003, date à laquelle les États-Unis ont, sur la base d’allégations mensongères, envahi l’Irak ? Les objectifs véritables de l’invasion, que même le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a qualifiée d’« illégale », étaient : conquérir la deuxième réserve de pétrole de la planète ; installer des bases militaires au Moyen-Orient ; soulager Israël d’un adversaire résolu ; ouvrir de nouveaux marchés et offrir des contrats pour une économie américaine en déclin, en particulier pour les amis de l’administration. Et la démocratie là-dedans ? Quiconque a pris la peine de lire les dix premières pages de n’importe quel livre portant sur l’histoire des USA au XXème siècle ne peut sérieusement soutenir l’objectif de « la libération » de l’Irak ou encore de « l’instauration de la Démocratie ». Les États-Unis installent des dictatures, et non, l’inverse. (Voir le tableau ici)
Voilà les envahisseurs
Considérons ensuite ceci : selon les sondages, 90 % des Irakiens voient les USA comme des envahisseurs et souhaitent leur départ immédiat. Est-ce que les USA ont intérêt à instaurer une véritable démocratie ? N’en déplaise aux éternels optimistes, on ne dépense pas, dans un système capitaliste, des centaines de milliards de dollars par pur altruisme. Ce n’est pas un hasard si les USA ont cherché à éviter à tout prix la tenue d’élections.1 Ce n’est pas un hasard si les États-Unis ont fait d’énormes pressions sur les partis se présentant aux élections du 30 janvier afin qu’aucun ne précise une date de retrait des forces d’occupation. Vous avez compris : aucun parti ne représentait l’aspiration la plus profonde de l’immense majorité des Irakiens.
Une élection légitime
Tout d’abord, l’organisation d’élections par une puissance d’occupation est contraire à la convention de La Hayes de 1907. Les États-Unis étaient loin d’être un acteur neutre ou désintéressé au sein du processus électoral irakien. Faut-il rappeler que l’élection du 30 janvier ne satisfaisait aucunement aux critères de légitimité et de crédibilité reconnus ? Mais, oublions tout cela, s’il vous plaît, demande l’administration Bush, et, comme pour légitimer les régimes-pantins au Vietnam (1967) et au Salvador (1982)2, concentrons-nous exclusivement sur le taux de participation. Et peu importe que les militaires américains aient intimidé pendant des semaines les Irakiens pour qu’ils aillent voter, qu’on ait fait courir la rumeur que les cartes de rationnement seraient confisquées sinon, qu’on ait transformé des comptoirs de distribution de nourriture en bureaux de vote3, que le leader religieux Sistani ait décrété à ses fidèles l’obligation de voter, qu’on ait donné des billets de 100 $ et des coupons de nourriture en récompense, etc… L’essentiel, c’est qu’environ 50 % aillent voter, et ainsi sera dupée l’opinion publique par l’éblouissante « occupation démocratique ».
- Les élections dont Bush ne voulait pas : voir sur le site internet.
- Lire sur Znet.
- Pour comprendre vraiment ce que cela signifie, rappelez-vous qu’une situation de famine sévit en Irak et que 70 % de la population ne travaille pas.



