Lorsque le rêve meurt et vient au monde

1 septembre 2004

2e Campement québécois de la jeunesse

Une autre journée s’achève. La jeunesse québécoise rentre à la maison. En refermant la porte, c’est un monde bien étrange qu’elle laisse sur le pas. Un monde en lequel elle discerne de moins en moins la correspondance entre le discours et la réalité. Il y a ce sentiment qu’on la trompe qui grandit, inéluctablement.

On lui a dit, par exemple, que ce monde en était un de liberté, mais on a oublié d’ajouter que celle-ci était proportionnelle et conditionnelle à l’avoir monétaire. On lui a dit aussi que ce monde en était un de démocratie, pourtant elle ne participe en rien au pouvoir décisionnel. On lui a dit que ce monde en était un d’épanouis­sement par le travail, mais elle voit la majorité des êtres humains exploitée au profit d’une minorité qui s’accapare le produit social. On lui a dit que ce monde en était un d’égalité, mais l’écart en les riches et les pauvres n’a jamais été aussi grand. On lui a égale­ment dit que ce monde en était un d’opportunité, mais elle voit l’accessibilité à l’éducation et aux soins de santé restreinte…

La jeunesse rêve et se lève

En se mettant au lit, la jeunesse québécoise se met à rêver. Elle rêve d’un monde meilleur. Un monde où l’entraide et la coopération supplante la con­currence; où le droit à la vie prime sur le droit de propriété; où chacun et chacune par­ticipent réellement aux décisions sociales; où la finalité n’est plus le profit au-dessus de toutes autres considérations, mais plutôt la recherche du bien-être commun; où le dé­veloppement se fait dans le respect de la nature; où le travail s’accomplit dans une auto­gestion démocratique plutôt que dans la subordination hiérarchique et l’exploitation. À quoi d’autre rêve-t-elle encore, depuis si longtemps ?

Mais la jeunesse québécoise en a assez de rêver. Alors elle se lève. C’est le 13 août 2004. Sur les terres verdoyantes de Durham-Sud.

Dix jours qui ébranlè­rent le monde

Pour la deuxième année con­sécutive, quelques 250 jeunes (et moins jeunes) du Québec ont entrepris de se réunir en campagne pour bâtir et vivre dix jours d’autogestion et de démocratie directe. En 2003, le premier Campement qué­bécois de la jeunesse s’était déroulé à Saint-Malachie, en Beauce. Une expérience fort positive où furent accueillis, avec très peu de budget et de promotion, plus de 150 jeunes.

Toutes les infrastructures du campement, soit les toilettes biologiques, la cuisine, les chapiteaux des ateliers et projections, ainsi que l’agora sont d’abord construites col­lectivement, à coups de solidarité et d’imagination. Cette synergie communau­tariste, il faut la vivre pour vraiment en concevoir les mérites et l’efficacité. Croira-t-on par exemple que pour seulement cinq dollars par jour, chaque participant recevait de la cuisine collective, trois excellents repas, avec collations et cafés ? n’y a pas de responsables prédéterminés, la créativité ainsi que l’initiative de chacun sont favorisées et recherchées, ce qui décuple le potentiel collectif.

Toute la journée, divers ateliers de discussion prévus ont lieu, et des « ateliers spontanés » peuvent être réalisés selon le désir et l’intérêt des participants. Les sujets abordés portent sur des enjeux sociaux : la mondialisation néolibérale, la mili­tarisation, les droits humains, l’idéal libertaire, les options politiques, etc. Des espaces d’expression corporelle sont également organisés (exercices de création collective, parties de soccer, ateliers de tam-tam ou de jonglerie), pour ne nommer que ceux-ci. Ensuite, un retour sur la journée s’effectue en plénière à la tombée du jour. On s’y réchauffe autour du feu pour résumer les ateliers, discuter du déroulement et proposer des améliorations, en apprenant à goûter les délices épicés de la démocratie directe. Des soirées animées suivent, et voilà que cette jeunesse danse et chante le microcosme de son rêve, au gré des mélodies de virtuoses régionaux.

Aujourd’hui, un peu partout la jeunesse organise de tels campements et démontre ainsi la viabilité de l’autogestion comme alternative au capitalisme. Il reste beaucoup à faire, mais devant ces réalisations; même les plus grands ténor : de `la. « fin de l’histoire » sont embêtés de continuer à qualifier la jeunesse d’utopiste. La prochaine fois qu’une personne vous traitera de rêveur, dites-lui – debout au CQJ 2005 – que désormais, vous ne rêvez plus …

 

Par François-Olivier Desmarais • Participant à deux campements jeunesse

 

 

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