La fête nationale du Québec

13 juin 1986

On attribue l’origine première de la Saint-Jean à une ancienne coutume de célébrer le solstice d’été. Plusieurs peuples autrefois rendaient un culte sacré au soleil, l’astre bien faisant qui réchauffe la terre, fait croître les végétaux et apporte la nourriture à l’homme et à l’animal. Cette conception du soleil a donné naissance à la fête du solstice d’été. On a voulu souligner le jour où le soleil apparaît le plus longtemps, c’est-à-dire le 21 juin. La célébration s’accompagnait traditionnellement de f eux de joie, de chants et de danses.

En France, c’était une tradition de fêter les semailles et les récoltes ainsi que plusieurs fêtes religieuses telles que la Saint-Joseph, la Saint-Pierre et la Saint-Jean. Les manifestations comprenaient généralement les mêmes réjouissances que le solstice d’été, sauf qu’on y ajoutait des rites et des discours propres à la religion catholique. Les processions ont souvent donné un caractère spécial à ces fêtes.

Finalement, comme la Saint-Jean côtoyait le solstice d’été, les autorités religieuses ont mis l’accent sur la Saint-Jean et la fête du 24 juin a supplanté celle du 21 juin.

Avec la venue des premiers colons en terre québécoise, sont arrivées une foule de légendes, de traditions et de coutumes dont plusieurs avaient leurs racines dans la célébration des fêtes de la Saint-Jean; citons la corvée, la criée, le bain de la Saint-Jean, la messe de la Saint-Jean, la distribution du pain béni, etc. Certaines manifestations ont pu surmonter l’usure du temps : le feu et le défilé de la Saint-Jean. Mais avec le tournant du milieu du siècle actuel, la fête a perdu son caractère religieux pour devenir sociale.

Plus récemment, à partir des années 60, on cherche de plus en plus à intensifier la communication entre les Québécois, à les regrouper dans un même sentiment d’appartenance collective. Par la communion du feu, on veut élargir la conscience nationale et réunir dans un même diapason d’amour national tous les Québécois répartis sur l’immensité du territoire. Les différents feux visibles de part et d’autre du fleuve ou d’un village à l’autre deviennent l’expression de la fierté et de la fraternité.

Vivre au présent commence à devenir l’attitude du Québécois des années 60. De plus en plus, les défilés expriment les réalisations nouvelles du peuple. On commence à aimer non plus seulement ce que l’on a été ou ce que l’on va devenir, mais ce que l’on est. Saint-Jean-Baptiste est passé de l’enfance à l’adolescence. Le sentiment national débouche sur la réalisation de soi-même au présent. C’est le signe d’une mutation profonde.

La décennie suivante mène le peuple québécois à s’approprier « sa fête nationale ». Issue d’une période d’importants changements sociaux, la Révolution tranquille, une nouvelle génération de Québécois identifie désormais la Saint-Jean à ses aspirations nationales, ses rêves d’épanouissement de la société québécoise. Saint-Jean-Baptiste, portant bien haut son fleur-de-lysée, entre dans « sa phase de délinquance ». On réagit fortement à l’oppression. La fête se politise. C’est d’ailleurs en 1979 que le gouvernement au pouvoir proclame, par un vote unanime, la Saint-Jean fête nationale officielle des Québécois.

Le début des années 80 est marqué par une vague d’individualité qui naît de l’obligation de gérer notre crise « chacun chez nous » et aussi de l’absence d’urgence à lutter collectivement pour se définir une identité nationale parce qu’on pense l’avoir trouvée ou parce qu’on s’est désillusionné avec le temps. Qu’importe ! Peut-être cette période de relâchement n’est-elle que le moment de bien réfléchir à ce que nous réserve l’âge adulte !

En cette année encore, alors que s’élèveront à travers le Québec de grands feux de joie autour desquels nous affirmeront notre dynamisme en chantant et en dansant, nous nous retrouverons unis avec les gens d’hier, d’aujourd’hui et de demain pour fêter notre appartenance à une terre, à un sol, à une patrie.

Ce 24 juin, des milliers de drapeaux flotteront au vent à la grandeur du Québec. Qu’ils soient grands ou petits, ces drapeaux manifesteront une fois de plus la vitalité et la fierté de tout le Québec en fête ! ALLEZ, GENS DU QUÉBEC, DÉPLOYEZ VOS DRAPEAUX !

Le comité organisateur de la fête

Partager :

facebook icontwitter iconfacebook icon