La valse de votes

15 octobre 1986

Les élections municipales auront lieu dans quelques jours à peine. Nous ne connaissons pas encore au moment de mettre Entrée Libre sous presse la liste complète des candidat-e-s à cette élection.

Ce qui est certain c‘est que la fièvre électorale n’a pas envahi Sherbrooke. Comme à chaque année d’élection on voit plusieurs rues de la ville recouvertes d’une fraîche couche d’asphalte, de nouveaux lampadaires dont leur apparition. Le conseil municipal évite les coups d’éclat. On couvre les gaffes évidentes des tireurs « d’élite » du service de police. On vante les talents d’administrateur (passé, présent et avenir confondus).

Les gens manifestent peu d’intérêt pour la politique municipale. Il y aura probablement plus de gens dans les rues de Sherbrooke le soir de l’Halloween qu’il y en aura le jour de l’élection. Le conseil de ville sortant n’a rien fait pour améliorer la situation. Certains élus ont « envoyé promener » tout ce qui questionne ou tout ce qui ose critiquer (journalistes, citoyens-nes). On a bien souvent entendu ce style de réaction : « On a été élus, c’est à nous de faire fonctionner la shop. Nous n’avons de conseils à recevoir de personne. »

De plus les idées mises de l’avant par les candidat-e-s à l’élection n’ont rien pour attirer les foules aux boîtes de scrutin. On croirait plutôt assister à un concours de beauté (photos, clins d’œil, poignées de main).

Un autre facteur de désintéressement réside dans le fait qu’encore une fois les femmes sont ignorées, sous-représentées durant cette campagne électorale.

Ce qui semble de plus en plus assuré c’est que Jean-Paul Pelletier sera réélu sans difficulté maire de Sherbrooke. Est-ce signe qu’il est parfait le Jean-Paul ? C’est ce qu’il laisse entendre à chaque fois qu’il en a l’occasion.

Raynald Fréchette qui a songé un temps à se présenter au poste de maire souhaite la venue d’un opposant au maire Pelletier. Celui-ci n’est pas content de cette prise de position. Et le droit des citoyens de manifester leur désaccord face à un style d’administration, vous en faites quoi M. Pelletier ? La mode est à la répétition, aux reprises. Au cinéma nous avons eu Halloween 1, 2, 3… Rocky 1, 2, 3 etc. Au plan politique nous voilà aux prises avec Jean-Paul II et Boubou III.

On nous dira (sur un ton moqueur et hautain) : « Les insatisfait-e-s n’ont qu’à se présenter ». Comme le dit le dicton populaire, plus facile à dire qu’à faire. En effet, participer à une élection à la mairie nécessite tout d’abord beaucoup d’argent. Imaginez, un candidat peut dépenser près de 30 000 $ (plafond des dépenses électorales). Ça prend beaucoup d’amis… et des amis riches pour être candidat-e.

Les dernières élections l’ont prouvé, il faut aussi une solide organisation pour espérer gagner une élection. Ces organisations sont celles qui font leurs preuves durant les élections provinciales et fédérales.

Regardez autour de vous : qui peut bien répondre à ces exigences ? Participer à une élection c’est un luxe qui n’est pas à la portée de tout le monde. Et pourtant la politique aurait tellement besoin des idées de tout le monde.

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