À la lumière des premières fuites sur le rapport de la Commission d’enquête sur l’assurance-chômage, telles qu’elles ont été reportées par les media d’information, on réalise rapidement l’ampleur et l’orientation que prendra l’ensemble du rapport… À prime abord on est frappé par la coupe sombre de plus de 3 milliards de dollars que l’on se propose de faire sur le dos des chômeurs-euses canadiens. Ce montant représente en fait une diminution de près de 25 % du budget actuel de l’assurance-chômage. On note même que le Québec à lui seul perdrait près de 1 milliard de dollars en versements de prestations. Les moyens que l’on prendrait pour récupérer ce montant d’argent ? En fait ils sont assez simples, somme toute, puisqu’on éliminerait définitivement une grande partie des chômeurs actuels, c’est-à-dire, les travailleurs saisonniers et à temps partiel qui se retrouveront donc avec un nouveau statut : celui d’assistés sociaux !
Comme moyen pour réduire le coût d’un régime social il n’y a rien de plus draconien… Évidemment un chômeur sur l’aide sociale coûte, la plupart du temps, moins cher (?) que sur l’assurance-chômage. Pourtant la caisse de l’assurance-chômage est financée à plus de 80 % par les cotisations des travailleurs-euses et des employeurs. Depuis sa création en 1940, le régime d’assurance-chômage a souvent déposé son bilan annuel en indiquant un surplus. Bien sûr depuis quelques années, plus précisément 1980, le fonds accuse un déficit. Cependant ce déficit est probablement passager et correspond en fait à la crise économique que nous venons juste de traverser (?). Cette crise a amené avec elle une montée effarante du chômage et par conséquent le montant des prestations payées a’ atteint des sommets jamais égalés.
De l’avis de la majorité des syndicats ouvriers et des groupes de travailleurs ou de chômeurs qui ont fait connaître leur position à la commission Forget, le régime dans son ensemble devrait être conservé avec quelques améliorations. Pourtant, la commission Forget semble vouloir recommander de tout autres modifications… Il nous semble bien que malgré les dénégations du gouvernement voulant que les régimes sociaux ne fassent pas partie des négociations du libre-échange, l’assurance-chômage soit bel et bien en train d’être modifiée pour agacer un peu moins les États-Unis. On sait que ceux-ci ont signalé, à quelques reprises, que le régime canadien d’assurance-chômage, trop généreux à leur avis, était une façon détournée de subventionner l’entreprise. C’est ainsi qu’ils ont imposé une tarification sur le poisson canadien parce que les pêcheurs, en recevant de l’assurance-chômage pendant la saison morte, étaient, selon eux, subventionnés par le gouvernement fédéral. En réduisant considérablement la portée du régime d’assurance-chômage on éliminerait ainsi un irritant important aux négociations du libre-échange.
Cependant, peu importe notre opinion sur la valeur de ce libre marché, il n’en demeure pas moins que les travailleurs-euses canadiens perdraient une protection valable contre les aléas du marché du travail. En fait les recommandations de la commission Forget auraient pour conséquence de repousser encore plus loin dans la zone grise de la misère une grande quantité des travailleurs-euses à temps partiel ou temporaire déjà aux limites du seuil de la pauvreté.
Aussi est-il extrêmement important de réagir vivement aux recommandations de la Commission Forget pour éviter qu’elles ne soient mises en application par le gouvernement.
Alain Soucy
pour le Mouvement des
chômeurs et chômeuses de l’Estrie



