Les chômeurs et chômeuses font partie de la population la plus touchée par la récession économique. Avec une pres­tation moyenne de 167,00 $ par semaine, ils se situent sous le seuil de pauvreté lorsqu’il est cé­libataire et à plus de 58 % sous ce seuil pour une famille de deux enfants.

Depuis quelques années, les modifications apportées au ré­gime d’assurance-chômage ont contribué à le rendre de plus en plus difficilement accessible aux travailleurs-euses qui perdent leur emploi. Il serait trop long d’énumérer ici toutes les modifi­cations mais on peut dire que le résultat final a été qu’une partie de plus en plus grande des travail­leurs-euses ne bénéficient plus des prestations.

Cependant, depuis novembre 1984, le gouvernement fédéral a clairement manifesté à plusieurs reprises son intention de couper encore davantage dans le pro­gramme destiné aux travailleurs-euses sans emploi. Bien que par­tenaire minoritaire dans le finan­cement, le gouvernement fédéral ne paie que 25 % des coûts de l’assurance-chômage, on assiste depuis à une série de mesures gouvernementales à l’encontre des intérêts des chômeurs-euses :

  • embauche de 700 nouveaux en­quêteurs pour vérifier les décla­rations des prestataires.
  • coupures d’avril 1985 en ce qui a trait aux paies de vacances, aux primes de séparation et aux préavis de licenciement qui de­viennent déductibles des chè­ques de chômage.
  • annonce, en janvier 1986, que les revenus d’une pension de pré-retraite seront soustraits des chèques de chômage.

Avec l’instauration de la loi de l’assurance-chômage de 1971, le gouvernement reconnaissait pourtant que le-la chômeur-euse n’est pas responsable de son manque de travail. L’un des ef­fets de la nouvelle loi fut que la presque totalité des salaires des travailleurs devenaient assu­rables. Pourtant, aujourd’hui une partie influente de l’opinion pu­blique est d’avis contraire : c’est le-la chômeur-euse qui crée le manque d’emploi (et ce même si le-la chômeur-euse est obligé-e d’accepter un emploi conve­nable, correct ou pas, et de se présenter aux entrevues faites par les fonctionnaires du bureau de l’assurance-chômage. On sait que les enquêteurs de l’A-C véri­fient si le-la chômeur-euse se cherche un emploi, sinon il est considéré comme un fraudeur et il perd immédiatement ses presta­tions). Les pressions sur le-la chômeur-euse s’accentuent avec chaque nouvelle modification de la loi d’assurance-chômage. Si le-la chômeur-euse n’est pas res­ponsable de sa situation, pour­quoi alors vérifier son emploi du temps ? Quel crime a-t-il commis ? ?

Pourtant, de l’aveu du ministre des Finances Michael Wilson, la grande majorité des canadien-nes veulent trouver du travail… et de quelle façon veut-il les aider ? Par une imposition de coupures qui pousse le-la chômeur-euse à re­tourner au travail ! D’ailleurs l’une des questions que le ministre se pose pour aider les chômeurs-­euses est : l’assurance-chômage donne-t-il trop d’argent aux chô­meurs-euses et pendant trop longtemps ?… Mais le-la chô­meur-se qui reçoit la prestation maximum, n’est-il pas en des­sous, et très largement, du salaire moyen d’une semaine de travail ?

Si on ajoute aux déclarations du ministre Wilson les recom­mandations de la commission MacDonald’ (réduction de 60 % à 50 % du taux des prestations, augmentation de 25 % du nombre de semaines de travail nécessaire pour avoir droit au chômage, ré­duction de la durée de la période des prestations, élimination des prestations prolongées pour les régions pauvres) on peut présu­mer que les recommandations de la commission d’enquête sur l’as­surance-chômage (commission « Forget ») qui iront dans le même sens, comprennent encore plus de coupures.

On ne doit pas couper dans l’assurance-chômage puisque c’est un programme destiné aux travailleurs-euses les plus dure­ment frappés par la crise. On doit plutôt axer les efforts vers la créa­tion d’emploi. Le chômage n’est pas dû aux chômeurs-euses mais bien au manque chronique d’em­ploi.

Si c’est avec des coupures dans l’assurance-chômage qu’on s’attaque aux problèmes des sans-emploi, et si, pour diminuer les coûts de l’assurance-chômage on augmente ceux de l’aide sociale, on ne fait que déplacer des gens d’un régime à l’autre; c’est du camouflage ! La commission d’enquête sur la refonte de l’assurance-chômage, n’aura vraiment rempli son mandat que si elle réussit à convaincre le gouvernement de l’urgence d’une amélioration importante du régime d’A.C. pour l’adapter aux réalités de cette période de crise économique et de profonds bouleversements du marché du travail.

Bernard Couture et Alain Soucy
pour le MCCE

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