Un temps d’arrêt
Récemment, plusieurs personnes auront été fascinés par le film Le Peuple migrateur, réalisé en hommage aux grands oiseaux migrateurs de la Terre. Image saisissante des battements d’ailes assurant leur survie. À l’instar de ces oiseaux, combien de gens d’ici pourront s’envoler vers d’autres cieux et s’offrir un peu de répit ? En effet, avec l’arrivée des beaux jours, la question des vacances s’impose d’elle-même.
Contrairement à plusieurs pays d’Europe (dont la France) où les travailleuses et les travailleurs ont droit à cinq semaines de congés payés, ici, la nonne n’est que de deux semaines, qui sont, malheureusement, de plus en plus passées à la maison. Pour la moitié de la population québécoise, le plaisir de s’évader à l’extérieur de la maison est hors de la réalité.
Un droit, pas un privilège
Même si ce droit aux vacances est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, il n’en demeure pas moins que l’on part en vacances seulement lorsqu’on le peut. Notre société a toujours revendiqué faiblement ce droit. Émergeant d’un passé judéo-chrétien pas si lointain où l’on nous prêchait que l’oisiveté est la mère de tous les vices, il est facile de comprendre, encore aujourd’hui, que revendiquer le droit aux vacances équivaut à faire l’éloge de la paresse. D’autre part, encore bien des employeurs perçoivent ce droit comme un privilège.
À ces difficultés s’ajoute l’appauvrissement de la population. « Selon Louis Jolin, professeur au département d’études urbaines et touristiques à l’UQAM, plus de la moitié de la population ne réussit pas à partir en vacances au moins une fois par an. Alors qu’en 1970, 75 % des Montréalais prenaient la route des vacances, en 1980, ce taux tombait à 71 % et en 1995, à 56 % (La Presse, 27 juillet 01). Pourtant, rien n’est plus sain que de vouloir se changer les idées, ne serait-ce que d’écouter le chant des oiseaux ou de s’asseoir au bord de l’eau dans un nouvel environnement. Pour les gens à faible revenu, des alternatives (en nombre insuffisant) sont offertes, tels les camps familiaux, mais pour ceux dont le coût de séjour équivaut à un panier d’épicerie, la question ne se pose même pas.
Vacances « touristes » sur place
La crise économique des années 1980 suivie de la mondialisation des marchés avec ses mises à pied, ses gels et réductions salariales, condamnent de plus en plus de personnes à consommer leurs vacances sur place. La multiplication des festivals estivaux en sont un reflet. Des expériences entre des entreprises privées et des municipalités ont pris forme ces dernières années et offrent des activités socio-touristiques aux personnes qui ne peuvent plus s’évader comme avant. Nous ne nions l’apport de ces événements pour le développement d’une ville ou d’une région mais nous nous questionnons sur le fait, que pour un nombre grandissant de gens, cette situation s’inscrit de plus en plus comme la nonne de « vacances annuelles ».
Nous pensons qu’il est anormal de ne pas avoir les moyens suffisants pour s’offrir de véritables vacances. Aussi, est-il ironique de constater qu’aux États-Unis, pays le plus riche de la planète, il n’y a pas de normes minimales en cette matière. Il est grand temps que « la valeur humaine calculée sur ce que l’on est prêt à payer pour un travail » batte de l’aile et cède la place à une société qui reconnaît pleinement le droit aux vacances pour l’ensemble de sa population et en facilite sa réalisation. Nous revendiquons donc un mois annuel de congés payés.
Nous profitons de l’occasion pour vous souhaiter une belle saison estivale et… des vacances, si possible.





