Le rôle de l’institutrice

18 août 1986

Pour illustrer ce qu’on pen­sait de l’école et du rôle des professeurs au début du siècle, voici quelques extraits tirés de la revue « L’enseigne­ment primaire » de 1914-1915. Cette revue s’adressait à tous ceux qui œuvraient dans l’éduca­tion.

Voyons d’abord le rôle du pro­fesseur : « J’ai insisté sur ce point que l’école est née de l’insuffi­sance des parents à remplir leur rôle complet d’éducateurs, et qu’en conséquence, l’institutrice, plus justement appelée « éducatrice », remplace les pa­rents, la mère en particulier, pour atteindre non seulement l’intelli­gence, mais aussi le cœur et la volonté des enfants, qu’elle est investie de ses attributions, de son autorité, que Dieu lui-même lui communique quelque chose des aptitudes et des sentiments d’une mère à l’égard de ses en­fants. C’est toujours chez la bonne mère de famille, telle que le Bon Dieu l’a faite et qu’il vou­lut qu’elle fût, que nous allons chercher notre modèle et nos règles pédagogiques fondamen­tales. » (sept 1914)

En plus de cette « vocation », l’institutrice devait avoir une vie exemplaire, et on a lancé l’aver­tissement : « … Il ne faudrait pas être surpris si certaines commis­sions scolaires écourtent les ho­noraires de leurs institutrices dans la proportion où elles-mêmes écourtent leur vêtement. » (oct 1914)

Espérons que le ministère de l’Éducation ne lira pas cette sug­gestion; il pourrait la mettre en application !

De nos jours, on parle de mettre l’éducation sexuelle au programme du cours primaire; à cette époque, c’était l’enseigne­ment ménager, voici un extrait de ce cours : « La fonction propre des femmes est de soigner, de conso­ler et d’encourager leurs maris et leurs enfants, de diriger la mai­son, de dépenser et d’épargner à propos et de proportionner exac­tement la dépense au revenu. »

Enfin, n’oublions pas que l’é­cole, d’hier et d’aujourd’hui, es­saie toujours d’inculquer aux en­fants les valeurs du groupe domi­nant de la société. De nos jours, on met l’accent sur la technique et la surspécialisation, la consommation… À cette épo­que, le groupe dominant c’est le clergé, et la peur dominante c’est l’agriculture et ses « vertus ». Voi­ci donc le genre de directives que l’on donne aux instituteurs :

« Éducateurs, vous avez déjà fait preuve de patriotisme et comprenez que notre peuple doit être et demeurer un peuple d’a­griculteurs s’il veut garder sa foi, sa langue et ses traditions; c’est pourquoi nous comptons sur vous pour faire aimer l’agriculture à notre jeunesse rurale. Si l’institu­teur donne une éducation où il ne soit pas question d’agriculture; si ses exemples de grammaire et d’arithmétique ne sont pas agri­coles en quelque sorte, j’aime mieux qu’il laisse nos petits agri­culteurs dans l’ignorance. »

On peut sourire ou se scandali­ser de ce genre d’enseignement ou d’endoctrinement, mais si on lit attentivement les programmes et les manuels scolaires d’aujour­d’hui, on se rend compte que rien n’a changé. Ce ne sont plus les mêmes valeurs ni le même groupe dominant, mais l’école reste toujours le moule dans le­quel on reproduit les idées qui permettent à ceux qui ont le pou­voir de le conserver.

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