Pour illustrer ce qu’on pensait de l’école et du rôle des professeurs au début du siècle, voici quelques extraits tirés de la revue « L’enseignement primaire » de 1914-1915. Cette revue s’adressait à tous ceux qui œuvraient dans l’éducation.
Voyons d’abord le rôle du professeur : « J’ai insisté sur ce point que l’école est née de l’insuffisance des parents à remplir leur rôle complet d’éducateurs, et qu’en conséquence, l’institutrice, plus justement appelée « éducatrice », remplace les parents, la mère en particulier, pour atteindre non seulement l’intelligence, mais aussi le cœur et la volonté des enfants, qu’elle est investie de ses attributions, de son autorité, que Dieu lui-même lui communique quelque chose des aptitudes et des sentiments d’une mère à l’égard de ses enfants. C’est toujours chez la bonne mère de famille, telle que le Bon Dieu l’a faite et qu’il voulut qu’elle fût, que nous allons chercher notre modèle et nos règles pédagogiques fondamentales. » (sept 1914)
En plus de cette « vocation », l’institutrice devait avoir une vie exemplaire, et on a lancé l’avertissement : « … Il ne faudrait pas être surpris si certaines commissions scolaires écourtent les honoraires de leurs institutrices dans la proportion où elles-mêmes écourtent leur vêtement. » (oct 1914)
Espérons que le ministère de l’Éducation ne lira pas cette suggestion; il pourrait la mettre en application !
De nos jours, on parle de mettre l’éducation sexuelle au programme du cours primaire; à cette époque, c’était l’enseignement ménager, voici un extrait de ce cours : « La fonction propre des femmes est de soigner, de consoler et d’encourager leurs maris et leurs enfants, de diriger la maison, de dépenser et d’épargner à propos et de proportionner exactement la dépense au revenu. »
Enfin, n’oublions pas que l’école, d’hier et d’aujourd’hui, essaie toujours d’inculquer aux enfants les valeurs du groupe dominant de la société. De nos jours, on met l’accent sur la technique et la surspécialisation, la consommation… À cette époque, le groupe dominant c’est le clergé, et la peur dominante c’est l’agriculture et ses « vertus ». Voici donc le genre de directives que l’on donne aux instituteurs :
« Éducateurs, vous avez déjà fait preuve de patriotisme et comprenez que notre peuple doit être et demeurer un peuple d’agriculteurs s’il veut garder sa foi, sa langue et ses traditions; c’est pourquoi nous comptons sur vous pour faire aimer l’agriculture à notre jeunesse rurale. Si l’instituteur donne une éducation où il ne soit pas question d’agriculture; si ses exemples de grammaire et d’arithmétique ne sont pas agricoles en quelque sorte, j’aime mieux qu’il laisse nos petits agriculteurs dans l’ignorance. »
On peut sourire ou se scandaliser de ce genre d’enseignement ou d’endoctrinement, mais si on lit attentivement les programmes et les manuels scolaires d’aujourd’hui, on se rend compte que rien n’a changé. Ce ne sont plus les mêmes valeurs ni le même groupe dominant, mais l’école reste toujours le moule dans lequel on reproduit les idées qui permettent à ceux qui ont le pouvoir de le conserver.




