D’ici quelques jours, ce sera une nouvelle rentrée scolaire. Depuis une vingtaine d’années, soit depuis la création d’un ministère de l’éducation, nous sommes habitués à ce spectacle. Nous sommes aussi habitués aux problèmes qui reviennent périodiquement : menaces de grève des professeurs, débat entre l’école publique et l’école privée, etc.
Je n’ai pas l’intention ici de vous écrire l’histoire de notre système d’éducation, mais simplement de retourner un peu dans le passé avec vous pour voir à quoi pouvait ressembler une rentrée scolaire, disons en 1900.
Allons voir d’abord dans les écoles primaires. Notons d’abord que ce ne sont pas tous les enfants qui s’y rendent : l’école n’est pas obligatoire et beaucoup de parents n’ont pas les moyens d’y envoyer leurs enfants. On retrouve généralement plus de filles que de garçons, surtout chez les plus vieux : les garçons doivent commencer tôt à gagner leur vie ou à aider leur père sur la ferme. De toute façon, à partir de 10 ou 11 ans, dès qu’ils ont fait leur première communion, la plupart abandonnent.
Les professeurs sont toutes des femmes, laïques ou religieuses. Les laïques sont nécessairement célibataires, puisqu’une femme mariée n’a pas le droit d’enseigner : quel scandale si les enfants voyaient leur institutrice enceinte ! Elles sont peu instruites, peu payées et bien entendu, il n’y a pas de syndicat. Leur salaire se paie quelquefois en nature : pension, nourriture, etc. La plupart du temps, elle doit payer sur son maigre salaire le bois pour chauffer l’école. Quant aux religieuses, elles sont encore plus économiques puisqu’on ne les paie pas du tout : après tout c’est leur vocation ! Il faut noter d’ailleurs que les religieuses n’ont besoin d’aucun diplôme pour enseigner : leur costume suffit. Le résultat de tout ceci, c’est que la grande majorité de la population sait à peine lire et écrire; mais comme dit le proverbe, « vaut mieux être pauvre et ignorant que riche et instruit ».
Malgré tout, un nombre très limité d’enfants se rendent jusqu’au cours secondaire : le cours secondaire à l’époque, c’est le cours classique. Mais ce ne sont pas tout à fait les mêmes qu’au primaire : ici les jeunes viennent de familles « à l’aise » : avocats, notaires, médecins, marchands, etc.
On y accepte aussi quelques pauvres, s’ils ont l’air d’avoir la « vocation ». Il y a les collèges de garçons et les collèges de filles : pas question de mixité à cette époque. D’un côté comme de l’autre, ce sont uniquement des communautés religieuses qui contrôlent ces écoles. Généralement, cependant, la majorité de ces religieux-ses, possèdent une certaine compétence. Chaque école possède son costume particulier et la majorité des élèves sont pensionnaires. Bien entendu, tout cela n’est pas gratuit; ce n’est donc qu’une petite élite, qui, de génération en génération, se perpétue grâce à son monopole de l’instruction.
Ce n’est que dans les années 1960 que l’école, du moins jusqu’au collégial, deviendra vraiment accessible à tous. Malgré tous ses défauts, l’école publique a au moins l’avantage de donner sa chance à tout le monde au départ. Actuellement, les hommes politiques la remettent en question sous prétexte qu’elle coûte trop cher ou qu’elle est de mauvaise qualité. Certes, elle a besoin d’améliorations, mais la véritable question à se poser, à la lumière de ce qu’on vient de lire, c’est « l’instruction est-elle un droit ou un privilège ? »




