Les écoles du passé

18 août 1986

D’ici quelques jours, ce sera une nouvelle rentrée scolaire. Depuis une vingtaine d’années, soit depuis la création d’un ministère de l’édu­cation, nous sommes habitués à ce spectacle. Nous sommes aussi habitués aux problèmes qui re­viennent périodiquement : me­naces de grève des professeurs, débat entre l’école publique et l’école privée, etc.

Je n’ai pas l’intention ici de vous écrire l’histoire de notre système d’éducation, mais sim­plement de retourner un peu dans le passé avec vous pour voir à quoi pouvait ressembler une ren­trée scolaire, disons en 1900.

Allons voir d’abord dans les écoles primaires. Notons d’abord que ce ne sont pas tous les enfants qui s’y rendent : l’école n’est pas obligatoire et beaucoup de pa­rents n’ont pas les moyens d’y envoyer leurs enfants. On re­trouve généralement plus de filles que de garçons, surtout chez les plus vieux : les garçons doivent commencer tôt à gagner leur vie ou à aider leur père sur la ferme. De toute façon, à partir de 10 ou 11 ans, dès qu’ils ont fait leur première communion, la plupart abandonnent.

Les professeurs sont toutes des femmes, laïques ou religieuses. Les laïques sont nécessairement célibataires, puisqu’une femme mariée n’a pas le droit d’ensei­gner : quel scandale si les enfants voyaient leur institutrice en­ceinte ! Elles sont peu instruites, peu payées et bien entendu, il n’y a pas de syndicat. Leur salaire se paie quelquefois en nature : pen­sion, nourriture, etc. La plupart du temps, elle doit payer sur son maigre salaire le bois pour chauf­fer l’école. Quant aux reli­gieuses, elles sont encore plus économiques puisqu’on ne les paie pas du tout : après tout c’est leur vocation ! Il faut noter d’ail­leurs que les religieuses n’ont be­soin d’aucun diplôme pour ensei­gner : leur costume suffit. Le ré­sultat de tout ceci, c’est que la grande majorité de la population sait à peine lire et écrire; mais comme dit le proverbe, « vaut mieux être pauvre et ignorant que riche et instruit ».

Malgré tout, un nombre très limité d’enfants se rendent jus­qu’au cours secondaire : le cours secondaire à l’époque, c’est le cours classique. Mais ce ne sont pas tout à fait les mêmes qu’au primaire : ici les jeunes viennent de familles « à l’aise » : avocats, notaires, médecins, marchands, etc.

On y accepte aussi quelques pauvres, s’ils ont l’air d’avoir la « vocation ». Il y a les collèges de garçons et les collèges de filles : pas question de mixité à cette époque. D’un côté comme de l’autre, ce sont uniquement des communautés religieuses qui contrôlent ces écoles. Générale­ment, cependant, la majorité de ces religieux-ses, possèdent une certaine compétence. Chaque école possède son costume parti­culier et la majorité des élèves sont pensionnaires. Bien enten­du, tout cela n’est pas gratuit; ce n’est donc qu’une petite élite, qui, de génération en génération, se perpétue grâce à son monopole de l’instruction.

Ce n’est que dans les années 1960 que l’école, du moins jus­qu’au collégial, deviendra vrai­ment accessible à tous. Malgré tous ses défauts, l’école publique a au moins l’avantage de donner sa chance à tout le monde au dé­part. Actuellement, les hommes politiques la remettent en ques­tion sous prétexte qu’elle coûte trop cher ou qu’elle est de mau­vaise qualité. Certes, elle a be­soin d’améliorations, mais la vé­ritable question à se poser, à la lumière de ce qu’on vient de lire, c’est « l’instruction est-elle un droit ou un privilège ? »

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