Les bateyes en République dominicaine

Je sais pas si ce qu’on a vécu à Palo de Caja est représentatif de la vie quotidienne et du rythme de tous les Dominicains – le passage à Bellas Colinas semble démontrer que non -, mais je crois qu’on ne peut pas passer sous silence une visite dans les bateyes de la République dominicaine.

Si on nous avait demandé de penser à un aspect qui différencie le plus la Répu­blique dominicaine du Québec, je crois que j’aurais répondu qu’il y en a beau­coup trop pour n’en souli­gner qu’un. Et si on m’avait demandé ce qui m’a le plus choquée et attristée, ce que j’aimerais profondément pouvoir changer là-bas, alors, sans hésiter, j’aurais répondu cet écart entre les Dominicains eux-mêmes, mais aussi cet absurde, mais si dramatiquement réel écart entre le pouvoir d’achat des Dominicains et le nôtre.

Il y a un tel fossé entre les riches et les pauvres, quelque chose de tellement flagrant là-bas… Puis, aussi, il y a bien sûr, en lien direct avec cela, un problème de discrimination raciale. Plus on est blanc, plus on est admiré et meilleure est notre place dans la société. Malheureusement, ce n’est pas le cas des Dominicains d’origine haïtienne qui tra­vaillent dans les bateyes. C’est pourtant seulement en revenant ici, au Québec, après avoir découvert les bateyes, ou plantations de cannes à sucre, que je dé­couvre toute la réalité des gens qui y travaillent.

Plus on est blanc, plus on est admiré et meilleure est notre place dans la société.
Malheureusement, ce n’est pas le cas des Dominicains d’origine haïtienne qui travaillent dans les bateyes.

C’est en revenant ici, devant mon café sucré, style Altagracia, que j’apprends que plus de 300 000 Haïtiens sont employés dans 40 ou 50 plantations en République dominicaine. lis sont payés au poids de cannes à sucre qu’ils récoltent chaque jour, cannes à sucre qui sert à produire plus de 90 % du sucre que l’on consomme ici. Ce sont des gens qui sont pour la plupart analphabètes et qui ne peuvent pas se défendre contre le fait que les balances utilisées pour peser leur travail sont bien souvent truquées. Ils sont payés en jetons et non en pesos et sont donc obligés d’acheter dans les magasins de la plantation. Six mois de travail par année, six mois de travail dur et acharné, et le reste du temps, pas d’em­plois et surtout pas d’argent pour repartir en Haïti. On dit que le mot « esclavage » ne devrait plus avoir sa place aujourd’hui…

La République dominicaine, c’est autre chose que des plages ensoleillées…

Alors, pour moi, c’est important de dire que la République dominicaine, nous l’avons connue autre­ment que par ses magnifi­ques plages. Que l’on n’a bien évidemment pas chan­gé le quotidien des gens chez qui nous avons vécu, et encore moins celui des gens qui travaillent dans les bateyes à un tout autre rythme que celui de Palo de Caja. Mais nous sommes revenues très riches d’ima­ges, d’expériences.

Ce que je regrette le plus c’est de ne pas avoir pris en photos, de ne pas avoir immortalisé le sourire des gens qui mangeaient là-bas, ensemble devant nous, les cannes blanches (un peu moins blanches qu’au dé­but quand même), assis dans le fond de notre gua­gua, en nous regardant, sans une trace d’hostilité, comme si la vie qu’ils menaient était aussi facile que la nôtre.

 

 

 

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