Stephan : — « Moi, je suis gai ». — Josée : — « Cé-tu une maladie ça ? » — Stéphan : — « Cé-tu une maladie ça, l’hétérosexualité ? » — Josée : — « … euh, ché pas quoi répondre ! » Les noms ont été changés, mais la scène a bien eu lieu. Josée a exprimé un des nombreux préjugés qui existent à l’égard des gais. En parlant avec Stephan, Josée a commencé à le connaître, à le considérer comme un être humain, au lieu d’en faire une bizarre-de-bibine-de-zoo qu’on sait pas par quel bord prendre. Josée va sans doute, à l’avenir, réfléchir avant de juger-à-l’avance-sans-connaître, c’est-à-dire avant de pré-juger.
« On n’est pas des malades, cé l’système quié malade » scandaient les gais dans la rue dans les années 1970 au Québec.
Il y a encore beaucoup de préjugés contre les gais. Examinons-en quelques-uns.
- « Vous êtes tous des courailleux, vous pensez juste au sexe. » — Les lecteurs et lectrices seront sans doute étonnés d’apprendre que la grande majorité d’entre nous sont en couples aussi stables et souvent plus stables que les couples hétéros, car nous avons dû nous battre comme des fous pour en arriver là (l’acceptation, le sortir, la confrontation avec les parents, le face-à-face avec la société, etc.). Quant aux célibataires, certains (comme les hétéros) cherchent l’âme sœur, d’autres assument leur solitude et développent de belles amitiés.
- « Quand vous vous affichez, vous faites du recrutement. » — « Un poteau dans la rue fait-il du recrutement’ ? » répondait mon ami Michel à un confrère de travail. Pourquoi le simple fait d’être, d’exister, impliquerait-il de faire du recrutement ? On est ce qu’on est, c’est tout. Par exemple, pourquoi nous prête-t-on des intentions agressives s’il nous arrive de s’échanger de l’affection en public ? Quand les hétéros s’embrassent sur la rue, on les laisse faire. Nous, on ne veut agresser personne, on ne le fait pas exprès on n’est pas plus « vicieux » que la moyenne des hétéros. On est tout simplement gai.
Heureusement, la population en général est plus sensibilisée maintenant qu’au temps du régime de Duplessis qui a détruit la vie de beaucoup de gais. Les années 70 ont fait progresser énormément la perception que les gens ont de nous. — « Il y en a un par famille », me disait récemment Bhernardth, le secrétaire de l’Association pour l’épanouissement de la communauté gaie de l’Estrie (A.C.G.E.). Les gens ont appris à mieux connaître et à moins pré-juger.
— « Des gais, ça fait pas des enfants forts. » — Ce qui va sûrement en surprendre plusieurs : beaucoup de gais ont des enfants et ceux-ci n’ont pas plus de problèmes de comportement que les autres enfants. Une étude récente, réalisée en France, nous apprend que les enfants élevés dans une famille monoparentale et gardés par leur mère, réussissent aussi bien leur vie et n’ont pas de problèmes affectifs. Somme toute, gais ou hétéros, c’est la même chose pour les enfants qui ont fondamentalement besoin d’amour et d’affection.
— « Oui, mais les agressions sexuelles. » — Deux études menées par l’Association gaie de Sherbrooke (ACGE), à partir de compilations de médias estriens, donnent les résultats suivants. Une première étude (menée sur une période de 6 semaines en 1984) nous apprend qu’il y a eu 2 actes d’agressions sexuelles commis par des homosexuels et reconnues par le tribunal, agressions suivies de 5 accusations portées par le tribunal et accompagnées de condamnations. Notons qu’un acte d’agression peut conduire à plus d’une accusation. Pour la même période, il y a eu 7 actes d’agressions sexuelles portés par les hétérosexuels, entraînant 70 accusations et condamnations. La 2e étude (conduite en 1985) va dans le même sens, bien que réalisée sur une plus longue période de temps (soit 14 mois). Il y a eu 9 actes d’agressions sexuelles commis par des homosexuels et 13 accusations portées, entraînant des condamnations; alors qu’il y a eu 35 actes d’agressions sexuelles portés par des hétérosexuels, suivies de 65 accusations et condamnations.
Bien que la population accepte et comprend beaucoup mieux les gais, les gouvernements, eux, sont, comme d’habitude, en arrière de la population. Alors que le ministère de l’Éducation oblige qu’on mette, dans les manuels scolaires, un enfant blanc qui joue avec un enfant noir/ jaune, oblige de mettre une femme camionneur par exemple, et que rien ne sort sans son approbation, on ne fait rien pour éduquer la population face à l’acceptation de la différence sexuelle. Sans doute que le gouvernement du Québec a tendance à céder aux groupes de pressions minoritaires comme le Ralliement provincial des parents qui ne veut pas du tout d’éducation sexuelle dans les écoles.
— « Les préjugés existent encore, bien sûr. Mais ils tombent bien vite quand on se donne la peine de connaître les gais qui sont, après tout, des gens ordinaires avec une sexualité différente », me disait un des membres fondateurs de l’ACGE.
Malheureusement, un nouveau préjugé a fait récemment son apparition. — « Les gais ont tous le sida. » — Nous verrons, éventuellement dans un autre article, qu’il s’agit encore d’un gros préjugé, véhiculé pour « empêcher » la différence sexuelle d’exister.





