On peut dire que le sida est un mal bien plus petit que le pré-jugé lui-même sur le sida. Et c’est ainsi, car les grands médias se sont empressés de crier au grand méchant loup alors qu’on connaissait encore peu de choses sur la maladie. Et parce que la maladie a touché quelques membres d’un groupe social longtemps méprisé, in­compris et déjà victime de discri­mination, on a laissé croire (cé­dant aux pré-jugés anti-gais) que tous les gais avaient le sida.

Des faits. En Estrie, selon le CHUS, il n’y avait, fin 85, qu’une dizaine de cas de sida. Supposant que toutes les victimes étaient gaies (ce qui n’est pas le cas) ça donnerait la proportion suivante : environ 10 cas sur 25 000 gais. « Ça serait fort de créer une panique avec ça » me disait mon ami Michel. Pourquoi 25 000 gais ? Il est reconnu qu’au moins 10 % de la population est gaie. En Estrie, ça donne 10 % de 250 000 soit 25 000. Il serait tout aussi ridicule (voire raciste) de s’en prendre à toute la commu­nauté haïtienne parce que seule­ment quelques individus ont eu le sida. Quant à la mortalité due au sida au Québec, le tableau ci-­contre fourni par l’ACGE — dé­cembre 1985 —, nous donne une idée de l’importance négligeable du phénomène, (ACGE : Asso­ciation pour l’épanouissement de la communauté gaie de l’Estrie).

Quant à la maladie elle-même, elle ne s’attrape pas si facilement que ça. D’abord, elle ne s’attrape pas par simple contact physique. On reconnaît que le virus vit à peine quelques secondes à l’air libre. Le virus de l’hépatite B, responsable de centaines de mil­liers de morts chaque année sur la surface du globe et pour lequel on n’a pas fait tant de chichi et pro­posé la quarantaine, est très te­nace et peut, lui, facilement s’at­traper par contacts physiques quotidiens : une tasse, une cuil­lère, par exemple. Quant au sida, le personnel hospitalier en contact avec le virus n’a pas été infecté; même une infirmière qui s’est piquée avec une aiguille in­fectée (donc avec pénétration di­recte dans le sang) n’a pas attrapé la maladie. Ce cas a été rapporté dans La Nouvelle de Sherbrooke. Le sida s’attrape par certaines pratiques sexuelles intimes, comme la pénétration, qui n’est même pas une pratique majoritaire chez les gais, contrairement encore aux pré-jugés courants. Quant à la communauté gaie, elle a déjà commencé à prendre sé­rieusement ses responsabilités pour combattre la maladie, notamment en pratiquant le sexe sé­curitaire (safe sex). Une cam­pagne d’information pour inviter à la prévention est actuellement en cours à Montréal avec comme mot d’ordre : « Jouez sûr ». Notons aussi au passage que la masturba­tion mutuelle est absolument sans danger.

Les résultats d’une étude sta­tistique récente (réalisée à Van­couver sur une période de 3 ans avec un échantillon de 700 gais) suggère qu’il n’y a aucune corré­lation entre le sexe oral et le sida. Il est aussi intéressant de noter qu’à New-York et à San Francis­co, il y a eu une diminution de 80 à 90 % des maladies transmises sexuellement dans la commu­nauté gaie, fait historique sans précédent dans l’histoire médi­cale et qui n’a pas son pendant dans la population hétéro­sexuelle.

L’ACGE de Sherbrooke a commencé son travail de préven­tion au sein de la communauté gaie de l’Estrie. Malheureuse­ment les 2 refus de subvention essuyés aux mains de Centraide handicapent son travail et ne per­mettent pas d’améliorer la qualité de son intervention.

C’est Dionne Warwick qui nous donne le mot de la fin avec sa belle toune dont les recettes servent à combattre le sida. « That’s what friends are for » a atteint la première position au palmarès rock de Sherbrooke ré­cemment. « Beau temps, mauvais temps, je serai toujours près de toi. Les amis c’est fait pour ça. »

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