Quiconque habite Sherbrooke depuis quelque temps ne peut pas avoir remarqué Gérard Foucault. Adopté des uns, abusé par les autres, ce personnage coloré aura suffisamment marqué de sa silhouette le paysage urbain pour presque devenir un monument historique.
Tous les jours, beau temps mauvais temps, il attaque de son pas vif le haut centre-ville et la rue King Ouest. Alors là l’attendent le « Bonjour mon oncle ! » de la serveuse qui lui sert gratuitement café et beigne ou le « Salut Gérard ! » du garagiste voisin qui lui offre boisson gazeuse et petit gâteau; en effet, il semble s’être fait une grande famille des habitants du secteur qu’il fréquente.
À la première rencontre, on peut être surpris de ce bonhomme qui vous aborde avec ardeur; on peut être étonné de la diversité de ses propos. Mais il n’est pas difficile de se rendre compte qu’il n’exprime aucune méchanceté… avec lui, tout n’est que simplicité.
Sa silhouette singulière, les poches bourrées d’objets divers qu’il aura trouvés au gré de ses allées et venues, il n’est pas rare de le voir se promener avec de vieilles boîtes qu’il destine à la construction de ses « maisons en carton ».
Quelle joie que d’entendre Marcel Sabourin, sur les ondes de Radio-Canada, réciter un poème d’un Sherbrookois exilé en Ontario et qui dit « Gérard, ô toi mon Gérard qui arpente la rue King comme si elle t’appartenait… »
Beaucoup de légendes ont couru à son sujet. Il a même été dit que c’était un architecte qui, après avoir reçu une brique sur la tête sur un chantier de construction, se serait mis à agir de façon quelque peu différente.
La vérité est plus simple : Gérard Foucault n’est qu’une personne dont le développement n’aura pas eu l’ambition de la moyenne des gens. Il semble très satisfait de son univers, de sa routine quotidienne. Presque toujours souriant, on peut tout simplement dire qu’il a le bonheur facile.
Natif de Sherbrooke, il a toujours vécu auprès de sa mère ou de sa sœur jusqu’au décès de celles-ci. Il vit aujourd’hui dans un pavillon d’accueil où il entre tous les soirs pour y trouver chaleur et sécurité. Mais ses journées sont immanquablement réservées à ses promenades.
On le voit souvent, au coin d’une rue, observer le flot de la circulation automobile jusqu’à ce qu’il soit sûr de pouvoir traverser. C’est alors qu’il se précipite, tenant solidement son veston ou son manteau pour éviter que ne s’évade de ses poches un de ses « trésors ».
Parfois, il s’arrête pour entamer une conversation avec un automobiliste immobilisé qui, généralement, s’empresse de déguerpir au retour du feu vert. Prudent aussi, il attend patiemment et légèrement en retrait que ce soit quelqu’un d’autre qui l’aborde. Il suffit parfois de lui dire « Bonjour ! » pour s’en faire un ami.
Malheureusement, sa grande naïveté fait de lui la victime toute désignée d’abus de toutes sortes. La nature humaine étant ce qu’elle est, il existe des gens pour qui Gérard Foucault n’est qu’un bouffon destiné à l’amusement public. Est-ce vraiment faire preuve de sagesse que de ridiculiser quelqu’un qui n’a même pas conscience de ce qu’on lui fait subir ? Si jamais la situation se présente, peut-être alors saurez-vous de qui rire ou si vraiment il y a matière à rire.
La prochaine fois que, sur votre chemin, vous croiserez ce sympathique personnage, dites-lui « Salut Gérard ! » et vous serez peut-être parmi ces chanceux qui se voient révéler ses mille et un secrets, sa recette de bonheur ou tout simplement ses impressions sur la température…




