L’inquiétude plane chez les enseignants et enseignantes

1 août 2005
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La Réforme de l’éducation, appliquée depuis environ cinq ans au primaire et dès cet automne au secondaire, soulève bien des passions et des inquiétudes. Si certaines personnes louangent ses bienfaits, plusieurs dénoncent aussi ses faiblesses, qui ne sont pas à négliger.

Lors de la recherche pour cet article, il fut difficile de trou­ver un ou une professeur-e enclin à parler de ses impres­sions sur la Réforme, car plu­sieurs se disaient mal à l’aise avec le sujet. La présidente du Syndicat de l’enseigne­ment de l’Estrie (SEE), Manon Bernard, affirme qu’ils « ne sont pas à l’aise parce qu’ils ont l’impression de ne pas faire leur travail comme il faut » avec les mé­thodes de la Réforme.

En effet, la dynamique ensei­gnant-élèves a bien changé, car maintenant, le guide a rem­placé le maître. Louis-Félix Beaulieu-Sauvé, un étudiant au baccalauréat en enseigne­ment préscolaire et primaire, souligne que « c’est tout le rap­port au savoir qui a changé. On a renversé ce qui était là depuis presque 400 ans ». Et ce renversement, la plupart des professeur-e-s n’y étaient pas préparés, ajoute-t-il.

Pourtant, la Réforme nécessite un maximum de préparation, comme l’indique Madeleine Mongeau, professeure en 1re année à l’école primaire des Quatre-Vents. « Les élèves sont constamment en évalua­tion [à cause de l’évaluation des compétences transversales], alors c’est beaucoup de travail. Cela nécessite beaucoup de rencontres entre professeur-e-s d’un même cycle ; malheu­reusement, aucun moment n’est prévu à l’horaire pour cela. »

C’est bon ou pas

Madeleine Mongeau, ensei­gnante depuis des années, est d’avis qu’il « fallait changer des choses, mais pas tout jeter ». Selon elle, la pédagogie par projet n’est pas idéale pour tous les élèves et l’appliquer systé­matiquement n’est pas une bonne chose. « Ce qu’il fau­drait, c’est encourager les pro­fesseur-e-s à varier leur ensei­gnement selon les élèves », dit-elle, en précisant que, « de tous les temps, la majo­rité l’ont toujours adapté ».

Les propos de Louis-Félix Beaulieu-Sauvé vont aussi dans le même sens, lorsqu’il affirme que « tout ce qui est bon dans la Réforme se faisait déjà ». Cependant, la latitude laissée aux professeur-e-s dans l’évaluation l’inquiète un peu, car maintenant, cette der­nière donne encore plus de place à la subjectivité et à l’in­terprétation. « Je regarde les autres étudiants en enseignement et il me semble que je ne laisserais pas mes enfants être évalués par eux », souligne-t-il.

En outre, l’expérience néga­tive de la Suisse, pays duquel le Québec s’est inspiré pour bâtir sa Réforme, démontre que les professeur-e-s ne se posent pas des questions et ne sont pas inquiets pour rien. En effet, après plusieurs critiques, le chef de l’Instruction publique du canton de Ge­nève a décidé de faire des mo­difications à sa réforme, en ce qui concerne le système de no­tation, la fréquence des éva­luations et le redoublement, qui redevient possible.

Au Québec, plusieurs profes­seur-e-s risquent donc de boy­cotter la Réforme à l’automne, en omettant l’évaluation ainsi que tout ce qui ne répond pas à un besoin. Le but de ce boy­cott est de faire entendre leurs demandes, explique Manon Bernard. Ces derniers veulent « qu’une évaluation systéma­tique soit faite sur les élèves qui viennent de terminer leur pri­maire » pour vérifier les effets qu’a eu la Réforme sur eux. « Au primaire, ils souhaitent qu’on n’ajoute pas de nouvelles choses, qu’on laisse un temps d’appropriation. Également, ils demandent que la politique d’évaluation des apprentissages soit revue. » Finalement, au secondaire, ils demandent une année d’appropriation supplé­mentaire, à cause des change­ments structurels importants qu’apporte la Réforme.

Un brin de positivisme

« Une réforme », indique Ma­deleine Mongeau, qui en a vu d’autres, « prend dix ans à s’implanter. » Il est donc nor­mal qu’après seulement cinq ans, plusieurs points soient encore à améliorer et que beau­coup d’incertitude se fasse sentir chez plusieurs.

De plus, les changements que la Réforme apporte sont radi­caux, souligne Louis-Félix Beaulieu-Sauvé. « C’est peut-être mieux, pas pour les élèves présents, mais pour ce que ça va amener. » Les bienfaits se­ront donc peut-être visibles d’ici quelques années. En at­tendant, malheureusement, c’est toute une génération qui sert de cobaye et qui, sait-on, aura peut-être de grandes la­cunes dans son apprentissage à cause de cela.

Les impressions vécues et les critiques émises par le milieu sont donc essentielles pour faire en sorte que la Réforme soit plus positive que négative. Et l’écoute du ministre de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, Jean-Marc Fournier, l’est tout autant, sinon plus.

 

 

 

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