Lula à la présidence du Brésil

1 janvier 2003
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Nouvelle dynamique de changement social
Menace à l’impérialisme en Amérique du Sud

Depuis l’automne 2002, une espérance démesurée habite la population du Brésil puisque l’élection de « Lula », l’éternel candidat du Parti des Travailleurs (PT), s’annonce comme la fin de la traversée du désert pour ce pays. Avec 61,3 % des voies exprimées contre le candidat de l’ancien gouvernement, Luis Inácio Lula da Silva symbolise le rejet sans équivoque de la gestion ce gouvernement néolibéral. Mais le vote pour Lula est aussi l’affirmation d’un projet alternatif pour le Brésil et peut-être pour l’Amérique du Sud.

Le vote massif en faveur de Lula est un signe de cohérence historique. En por­tant au pouvoir un ouvrier syndicaliste et, surtout, la principale figure de l’opposi­tion des vingt dernières années, la population désire poursuivre la démocratisa­tion du Brésil et rompre avec le projet des élites. Après avoir vu le Brésil souffrir d’une dictature militaire de 1964 à 1985, la société refuse de sombrer dans une dicta­ture économique.

Signification de l’élection de Lula pour le Brésil

Figure de proue dans le syndicat des métallurgistes des environs de Sáo Paulo, Luis Inácio Lula da Silva a joué un rôle majeur dans toutes les luttes importantes du Brésil depuis les années 1980. Il a contribué à la chute de la dictature militaire et soutenu un vaste mou­vement en faveur des élec­tions directes de 1985. Il fut au cœur de la naissance du Parti des Travailleurs.

Son arrivée au pouvoir est donc l’aboutissement du tra­vail acharné de toute une série d’acteurs sociaux qui sont porteurs d’une perspec­tive de changement global à long terme. Figure charisma­tique respectée par tous et toutes, il constitue l’articula­tion fondamentale entre la gauche sociale dont il émerge et la gauche politique dont il fut le principal catalyseur.

Il faut toutefois voir que l’arrivée de Lula représente aussi la prise du pouvoir d’une coalition électorale autour du PT. En plus des deux partis communistes bré­siliens (PCB, PcdoB), sa candidature a été appuyée par le Parti Libéral, parti minori­taire certes, mais qui symbo­lise l’appui d’une fraction grandissante de la bour­geoisie nationale dont le vice-président José Allencar, millionnaire du textile, est le porte-parole. Cette alliance d’un candidat de gauche avec l’industrie nationale qu’il a pourtant tellement combat­tue lorsqu’il était syndica­liste, est le meilleur exemple de l’effrondrement du néolibéralisme et de la néces­sité de rupture avec ce système.

En relançant l’économie sur des bases nationales, le PT entend amorcer un cercle vertueux qui donnerait au nouveau gouvernement les marges de manœuvre néces­saires afin de réinvestir le secteur social (éducation, santé, pensions de vieillesse, etc.), de relancer l’emploi et, surtout, de soutirer à la bourgeoisie nationale des concessions sur les « réfor­mes de base » qui ont trop attendu (réforme agraire, ré­forme fiscale, réforme de la loi cadre sur le syndicalisme, réforme de la protection sociale). Alors que le pays se retrouve au bord du gouffre, Lula se résigne pour le moment à accepter les grands paramètres qui lui lient les mains (dette internationale, accords commerciaux, ac­cords avec le Fonds moné­taire international). Il tra­vaillera dans ce cadre res­treint afin d’assurer une réelle durabilité à une rupture à moyen et long terme du modèle de développement du Brésil.

Secousse commerciale internationale

C’est probablement en dehors du Brésil que l’élec­tion de Lula aura les impacts les plus marqués. Le Brésil de Lula rejettera-t-il ou non la ZLÉA ? Favorisera-t-il la création d’un bloc économi­que fort en Amérique du Sud formé autour du Marché commun du cône sud (Mercosul) pouvant freiner l’expansion cet accord ?

Mais comme Washington désire assurer une maîtrise militaire du continent adve­nant le cas où l’arme de la dette publique ne soit pas assez efficace pour asseoir les gouvernements locaux, c’est plutôt à ce niveau que le véritable impact de l’élection de Lula pourra se faire sentir. Ce qui est à craindre devant un gouvernement trop socia­lisant, c’est qu’une crise soit orchestrée par les représen­tants des intérêts de la haute finance, en somme, une prise d’otage financière du pays. La solidarité internationale s’avère donc impérative afin de permettre au vent de changement qui souffle sur l’Amérique du Sud contre l’impérialisme américain de se matérialiser sous le gou­vernement de Lula au Brésil.

Source : La Lettre de l’UFP, Vol. 1, n° 4, 4 nov. 02

 

 

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