La pauvreté et la misère sont des réalités que l’on côtoie de plus en plus dans notre société d’abondance. La pauvreté, ce n’est pas seulement le Tiers-Monde, les « favelas » (bidon­villes) de Mexico et d’ailleurs, c’est aussi le Québec, que ce soit à Montréal, où la fierté a une ville, ou dans Sherbrooke, plus qu’une ville. Tout est une question de niveau, entre mou­rir de faim là-bas et souffrir de la faim ici, entre coucher dans les poubelles là-bas ou coucher sous les ponts ici.

La pauvreté, c’est quoi ?

Le petit Larousse définit le pauvre comme étant mal pourvu du nécessaire et dé­finit la misère comme une grande pauvreté. Cet article a pour but de vous faire entrevoir ces réalités au-delà des mots. De montrer ainsi que la pauvreté et la misère ne sont pas des fatalités du destin, mais le résultat d’un système écofornique qui appauvrit certains pour engraisser d’autres.

Il est nécessaire pour vivre en société de se loger, de se vêtir, de manger et un peu plus. Les gens doivent avoir des revenus pour pourvoir à leurs besoins essen­tiels. Bien-être social Canada évalue à plus de 9 000 $ le seuil de la pauvreté pour une personne seule. Le salaire minimum au Québec donne un revenu infé­rieur à ce seuil. (Voir tableau 1) Si ce travailleur ou cette travail­leuse a des responsabilités fami­liales,elle est encore plus pauvre. Mais il y a encore pire. Les prestations sociales sont presque toujours en bas de ce seuil : prestations de vieillesse, aide sociale et souvent l’assu­rance-chômage qui dépend du sa­laire passé (60 % du salaire). Au niveau de l’aide sociale, une per­sonne apte au travail de plus de trente ans reçoit environ 5 000 $, alors qu’une personne apte au tra­vail de moins de trente ans ne reçoit que 2 000 $ par année. Là, c’est vraiment une situation de grande pauvreté c’est la misère.

Le marché du travail

La pauvreté est étroitement liée à l’emploi. Auparavant, plus les gens étaient actifs, moins ils pouvaient être pauvres et dépen­dants des allocations sociales; c’était parmi les gens âgés que se retrouvaient le plus les gens pauvres. Aujourd’hui, les jeunes ont dépassé les aîné-es comme catégorie d’âge atteinte de pau­vreté. Cela est dû au taux de chô­mage élevé, surtout chez les jeunes. Il y a aujourd’hui au Ca­nada moins d’emploi qu’il n’y en avait avant la récession de 1981 et la population a augmenté de­puis. C’est ce qui cause le taux élevé de chômage chez les jeunes. Statistiques Canada nous dit que le taux de chômage chez les jeunes était de 14,6 % au Ca­nada et de 16,1 % au Québec, que la durée moyenne par emploi pour les jeunes est de 13,6 se­maines au Canada et de 12,7 se­maines au Québec. Un an comprend 52 semaines et ça prend 20 semaines de travail pour avoir de l’assurance-chômage, de là aussi l’augmentation de la pauvreté chez les jeunes.

Problèmes sociaux

La pauvreté et la misère sont en soi des problèmes sociaux, mais elles en engendrent d’autres. On ne parle ni de santé ni de bonne alimentation à un jeune sur le B.S. à 171 $ par mois. Les conditions d’existence en chambre ou dans un apparte­ment surpeuplé sont en soi cause de dépression. Les psychiatres appellent ça la « dépression situa­tionnelle », c’est-à-dire que ces personnes paniquent sur leur si­tuation. L’alcool et la drogue sont des évasions courantes, ce qui n’est pas une solution. Il est difficile de vivre dans la misère, d’être joyeux et respectueux de l’ordre établi. La criminalité peut alors être vue comme un moyen de s’en sortir. La misère pousse vers le crime, le pauvre en est autant victime que celui ou celle qui se fait voler.

La pauvreté paie-t-elle ?

Le conseil économique du Ca­nada considère que le climat éco­nomique actuel est très favorable aux affaires. L’organisation de coopération et de développement économique (O.C.D.E.) trouve excellente la gestion du Canada, malgré que le taux de chômage soit l’un des plus élevés des pays industrialisés. La récession a fait place à la reprise économique. La pauvreté n’est-elle pas le prix que paie une large portion de la popu­lation canadienne pour l’enri­chissement d’une mince mino­rité ? C’est ce qu’on peut penser en regardant le tableau 2 : on y voit que les 20 % des familles les plus riches reçoivent une part du revenu national plus grande que les 60 % de familles les plus pauvres.

Des solutions à la pauvreté

La pauvreté et la misère consti­tuent des injustices sociales. Il existe des organismes qui soula­gent la pauvreté et la misère, mais ils sont impuissants à en­rayer son développement. Les solutions durables à la pauvreté et à la misère passent par une solu­tion au chômage. À ce niveau, la réduction de la semaine légale de travail à 35 heures créerait 300 000 nouveaux emplois, juste au Québec. D’autre part, on ne pourra jamais éliminer la pau­vreté si les régimes sociaux (aide sociale, prêts et bourses, pen­sions de vieillesse…) n’assurent pas un revenu minimum garanti au moins égal au seuil de la pau­vreté.

Tableau 1
Le seuil de pauvreté pour une ville de 30 000 à 99 999 personnes en 1986 (Source : Conseil Canadien du Bien-être social)

1 personne

2 personnes

3 personnes

4 personnes

5 personnes

6 personnes

7 personnes et plus

$9,481

$12,469

$16,683

$19,284

$22,334

$24,398

$26,909

Salaire minimum au Québec
$4.00/hre x 40 tires x 52 semaines :
$8,320.00

N.B. : Le seuil de pauvreté est atteint lorsque 58.5 % et plus du revenu est consacré à la nourriture, au logement et aux vêtements.

 

Tableau 2
La répartition des revenus familiaux en 1980

Revenu des unités familiales

% de la population

% de l’ensemble des revenus déclarés au Canada

Moins de $8,142

$8,142à $15,873

$15,873 à $24,050

$24,050 à $33,912

$33,912 et plus

20%

20%

20%

20%

20%

4.1 %

10.5 %

17.6 %

25.3 %

42.5 %

Source :
Statistique Canada. 1982

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