Point sur le mouvement étudiant

1 août 2005
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La grève générale illimitée des étudiants et étudiantes de l’hiver 2005 aura attiré l’attention sur le mouvement étudiant et certaines de ses revendications. Cependant, une fois les manifestations et autres moyens de pression terminés, les médias de masse ont complètement délaissé le sujet, alors qu’en fait rien n’est terminé.

En effet, les événements ont permis de sensibiliser plu­sieurs personnes sur l’éduca­tion en général et les périls dans lesquels elle se trouve. Ce tournant important pour le mouvement étudiant a donc fait en sorte, en plus d’amasser des appuis populaires, de con­scientiser la masse étudiante elle-même.

La grève

Initié par l’Association pour une solidarité syndicale étu­diante (ASSÉ), qui avait pour l’occasion étendu son mem­bership pour devenir la Coalition de PASSÉ élargie (CASSÉE), le mouvement de grève a également rejoint des associations membres des deux autres regroupements étu­diants. Ces derniers, la Fédé­ration étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédé­ration étudiante universitaire du Québec (FEUQ), n’ont donc pas eu le choix d’embarquer eux aussi.

À Sherbrooke, la grève s’est échelonnée sur environ six semaines, alors que dans d’autres établissements, cer­taines associations étudiantes l’ont poursuivie encore plus longtemps. « C’est un mou­vement de grève qui a été long », souligne Guillaume Manningham, du Cégep de Sherbrooke. « On ne pensait jamais que ça durerait aussi longtemps. »

Durant ces six semaines, le ministre de l’Éducation, des loisirs et du sport, Jean-Marc Fournier, a fait trois offres d’entente aux étudiants, alors qu’au départ il avait dit n’être prêt à négocier sous aucun prétexte. « Personnellement, je crois que la grève a été une victoire », affirme Guillaume Cloutier, de la Faculté des lettres et sciences humaines (FLESH) de l’Université de Sherbrooke. « Maintenant, c’est prouvé qu’on peut faire reculer le gouvernement Charest. Il suffit de se lever. » En ce qui concerne la cause de l’éducation, elle a également permis de freiner, du moins temporairement, les attaques au système des prêts et bourses, en plus d’éduquer les étudiant-e-s eux-mêmes sur ce qu’est, entre autres, une assemblée générale, une occu­pation, une manifestation.

Néanmoins, selon Guillaume Manningham, la grève fut un peu trop axée sur l’image. « C’était une grève médiati­que », affirme-t-il, « et il y avait un manque de moyens de pression efficaces. » Il est vrai, d’ailleurs, que les médias ont tenu une grande place, donnant une certaine image de la grève qui n’était pas toujours réelle.

Également, soulève Guillaume Cloutier, c’est « décevant, car le débat a commencé à s’élargir seulement vers la fin », alors qu’en fait le soulèvement étu­diant aurait été une bonne occasion pour le Québec en entier de démontrer son mé­contentement face au gouver­nement. « Tous les acteurs de la société civile auraient dû embarquer avec nous », ajoute-t-il, résumant du coup la pensée de plusieurs étudiants et étudiantes.

À Sherbrooke

Au niveau local, la grève générale illimitée de 2005 fut un événement d’une grande importance pour le mouve­ment étudiant. Elle a en effet permis de créer un réseau entre les gens du Cégep et ceux de l’Université, réseau solide de militant-e-s qui, malgré leurs différences, ont tous et toutes à cœur un monde plus juste, libéré du néolibéralisme.

De plus, souligne Guillaume Cloutier, « la contestation étudiante [à la FLESH] a créé une nouvelle génération de gens prêts à faire changer les choses à l’interne ». En effet, après la grève, les étudiants de cette faculté ont décidé de maintenir ce qui était k Conseil de grève pour en faire le Collectif pour une université libre (CUL), qui propose un espace de réflexion et d’action pour pouvoir changer les choses et faire de l’université ce qu’elle est à la base : un terrain libre où l’éducation accessible à tous et toutes est la priorité.

Le mouvement

Après une telle mobilisation, qui a rejoint plus de 250 000 personnes au summum de la grève, on peut se demander où en est rendu le mouvement étudiant. Parce que, bien que les cours aient repris après plus d’un mois d’interrup­tion, environ les deux tiers des étudiants et étudiantes ont refusé l’entente de principe finale conclue entre la FECQ, la FEUQ et le ministre Fournier, rappelle Guillaume Manningham. Ce fut le cas autant au Cégep qu’à l’Université de Sherbrooke.

On peut donc penser que les étudiant-e-s seront encore autant mobilisés cet automne qu’à l’hiver dernier, mais il pourrait tout aussi bien se produire le contraire. Une chose est certaine, et tout le monde s’entend là-dessus, ils devront être aux aguets quant au dégel des frais de scolarité. Les médias préparent les gens au dégel, affirment Guillaume Cloutier et Guillaume Manningham, ce dernier ajoutant que les gens en général sont plutôt scepti­ques face à la gratuité scolaire, car ils sont habitués au discours voulant que le gouvernement n’en a pas les moyens.

Cependant, de préciser Guillaume Cloutier, « il faut que les gens soient conscients qu’un dégel des frais n’est pas bénéfique, car lorsqu’il y a un dégel, le gouvernement en profite pour se désengager parce que l’argent rentre ». De plus, cela augmente considé­rablement l’endettement des étudiants et étudiantes.

 

 

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