Pourquoi cette violence contre l’OMC ?

1 août 2003

Un militant s’interroge

« Aujourd’hui dans le monde, toutes les sept secondes, un et d’un seul, celui des maîtres du monde : le profit sans enfant de moins de 10 ans meurt de faim, le plus souvent victime d’un impératif borne. »

Jean Ziegler, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation

Telle, semble être la question la plus répandue face aux mani­festations conte I ‘Organisation mondiale du commerce (OMC) à Montréal dernièrement et lors de chaque rencontre des organisations similaires partout dans le monde Je vous pose deux questions pour amener mon opinion : trouvez-vous que la sonnerie de votre détecteur de fumée est violente ? Mais au fait, pourquoi sonne-t-elle ?

La sonnerie

Personnellement, je ne connais aucun son dans ma maison qui soit plus agressant que la son­nerie du détecteur de fumée. C’est un son des plus désa­gréables et des plus déran­geants, mais il sonne pour m’avertir. Tel est le but des manifestants dans les rues de Montréal, comme dans celles de Genève et bientôt Cancun : attirer l’attention de la popula­tion sur ce qui se passe entre les dirigeants à l’ intérieur de ces hôtels luxueux. Sans casse, sans vandalisme, ces négocia­tions se dérouleraient en ca­chette sans aucune visibilité publique. Des spécialistes comme Dorval Brunei le, professeur et chercheur à l’UQUAM , n’auraient jamais été invités au bulletin de 17 h de TQS s’il n’y avait pas eu toute cette « action » dans la rue. Alors, même si vous êtes contre la violence, je crois que tous et chacun, nous devons un merci à ces personnes qui ris­quent leur sécurité et leur santé physique pour alerter la popula­tion. Peut-être y a-t-il d’autres motivations chez certains ma­nifestants, mais une chose est certaine : ils sont tous contre cet incendie ravageur qu’est la mondialisation capitaliste.

À la lumière de la couverture médiatique de la rencontre de l’OMC à Montréal et des enjeux sociaux en général, il est évident que les médias cher­chent à discréditer toute la réflexion et la position des mou­vements sociaux travaillant pour une mondialisation des solidarités. Parce que la con­testation de l’OMC ne provient pas que de 450 « gamins anti-tout », elle provient des militants et organisations pro-tout : pro-travail, pro-droits humains, pro-culture, pro-partage des richesses, pro-environnement… Les syndicats, les organisations de coopéra­tion internationales, les groupes féministes, les organismes envi­ronnementaux et plusieurs organes de l’ONU, comme l’UNICEF (Fonds des Nations Unies de secours d’urgence à l’enfance), l’UNESCO (Orga­nisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), le BIT (Bureau international du travail) et bien d’autres condamnent ouverte­ment les politiques de l’OMC, du FMI (Fonds monétaire international et de la BM (Ban­que mondiale), et ce, dans tous les pays de la planète. La démission de Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d’économie qui a démissionné de son poste d’économiste en chef et de vice-président de la Banque mondiale, fait aussi partie de cette alarme de plus en plus forte. Aujourd’hui, la mondiali­sation, ça ne marche pas. Ça ne marche pas pour les pauvres du monde. Ça ne marche pas pour l’environnement. Ça ne mar­che pas pour la stabilité de l’économie mondiale.

Le feu

Voilà environ cinq ans que des détecteurs de fumée sonnent lors de chaque rencontre des dirigeants de notre planète. C’est pour vous dire à quel point le feu est rendu ardent et à quel point la maison brûle. Cette maison, c’est autant l’ensemble de la planète que notre ville de Sherbrooke. La mondialisation capitaliste ac­tuellement proposée par des organisations comme l’OMC et le G8 (Groupe des 8 pays les plus industrialisés) et par les accords comme l’AMI (Ac­cord multilatéral sur les inves­tissements) et la ZLÉA (Zone de libre-échange des Amé­riques) touche toutes les sphères de la vie humaine sans aucune discrimination. Santé, eau, culture, droits syndicaux, tout est directement menacé.

Tout aussi problématique est la différence entre le discours de ces maîtres du monde et la réalité qu’ils nous proposent. En écoutant le ministre fédéral du Commerce extérieur Pierre Pettigrew et les médias de Power Corporation ou de Quebecor, on peut croire qu’au fond l’OMC est une organisa­tion démocratique qui réunit 146 pays. Un bel effort pour inclure les pays en développe­ment ! Mais quelle place e quel pouvoir ont les pays du Sud si ceux du Nord et leurs sociétés transnationales contrôlent 82 % du commerce interna­tional. Si Haïti, le Mali, le Pérou ou le Cambodge s’opposent à une « proposition » des États-Unis, d’importantes repré­sailles commerciales s’abat­tront immédiatement sur ces pays. L’embargo sur Cuba en est un bel exemple. Au fond, ces institutions sont démocrati­ques dans la mesure où la volonté des plus riches est respectée…

La réponse

Alors, qu’est-ce qui importe quand votre détecteur de fu­mée sonne : le son qu’il fait ou le feu auquel il réagit ? Restez vigilants, ces mêmes maîtres du monde se rencontrent à Cancun en septembre pour l’OMC et en novembre pour négocier la ZLÉA…

Guillaume Paul-Limoges
COJITÉ (Collectif jeunesse international de l’Estrie)

Partager :

facebook icontwitter iconfacebook icon