Un militant s’interroge
« Aujourd’hui dans le monde, toutes les sept secondes, un et d’un seul, celui des maîtres du monde : le profit sans enfant de moins de 10 ans meurt de faim, le plus souvent victime d’un impératif borne. »
Jean Ziegler, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation
Telle, semble être la question la plus répandue face aux manifestations conte I ‘Organisation mondiale du commerce (OMC) à Montréal dernièrement et lors de chaque rencontre des organisations similaires partout dans le monde Je vous pose deux questions pour amener mon opinion : trouvez-vous que la sonnerie de votre détecteur de fumée est violente ? Mais au fait, pourquoi sonne-t-elle ?
La sonnerie
Personnellement, je ne connais aucun son dans ma maison qui soit plus agressant que la sonnerie du détecteur de fumée. C’est un son des plus désagréables et des plus dérangeants, mais il sonne pour m’avertir. Tel est le but des manifestants dans les rues de Montréal, comme dans celles de Genève et bientôt Cancun : attirer l’attention de la population sur ce qui se passe entre les dirigeants à l’ intérieur de ces hôtels luxueux. Sans casse, sans vandalisme, ces négociations se dérouleraient en cachette sans aucune visibilité publique. Des spécialistes comme Dorval Brunei le, professeur et chercheur à l’UQUAM , n’auraient jamais été invités au bulletin de 17 h de TQS s’il n’y avait pas eu toute cette « action » dans la rue. Alors, même si vous êtes contre la violence, je crois que tous et chacun, nous devons un merci à ces personnes qui risquent leur sécurité et leur santé physique pour alerter la population. Peut-être y a-t-il d’autres motivations chez certains manifestants, mais une chose est certaine : ils sont tous contre cet incendie ravageur qu’est la mondialisation capitaliste.
À la lumière de la couverture médiatique de la rencontre de l’OMC à Montréal et des enjeux sociaux en général, il est évident que les médias cherchent à discréditer toute la réflexion et la position des mouvements sociaux travaillant pour une mondialisation des solidarités. Parce que la contestation de l’OMC ne provient pas que de 450 « gamins anti-tout », elle provient des militants et organisations pro-tout : pro-travail, pro-droits humains, pro-culture, pro-partage des richesses, pro-environnement… Les syndicats, les organisations de coopération internationales, les groupes féministes, les organismes environnementaux et plusieurs organes de l’ONU, comme l’UNICEF (Fonds des Nations Unies de secours d’urgence à l’enfance), l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), le BIT (Bureau international du travail) et bien d’autres condamnent ouvertement les politiques de l’OMC, du FMI (Fonds monétaire international et de la BM (Banque mondiale), et ce, dans tous les pays de la planète. La démission de Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d’économie qui a démissionné de son poste d’économiste en chef et de vice-président de la Banque mondiale, fait aussi partie de cette alarme de plus en plus forte. Aujourd’hui, la mondialisation, ça ne marche pas. Ça ne marche pas pour les pauvres du monde. Ça ne marche pas pour l’environnement. Ça ne marche pas pour la stabilité de l’économie mondiale.
Le feu
Voilà environ cinq ans que des détecteurs de fumée sonnent lors de chaque rencontre des dirigeants de notre planète. C’est pour vous dire à quel point le feu est rendu ardent et à quel point la maison brûle. Cette maison, c’est autant l’ensemble de la planète que notre ville de Sherbrooke. La mondialisation capitaliste actuellement proposée par des organisations comme l’OMC et le G8 (Groupe des 8 pays les plus industrialisés) et par les accords comme l’AMI (Accord multilatéral sur les investissements) et la ZLÉA (Zone de libre-échange des Amériques) touche toutes les sphères de la vie humaine sans aucune discrimination. Santé, eau, culture, droits syndicaux, tout est directement menacé.
Tout aussi problématique est la différence entre le discours de ces maîtres du monde et la réalité qu’ils nous proposent. En écoutant le ministre fédéral du Commerce extérieur Pierre Pettigrew et les médias de Power Corporation ou de Quebecor, on peut croire qu’au fond l’OMC est une organisation démocratique qui réunit 146 pays. Un bel effort pour inclure les pays en développement ! Mais quelle place e quel pouvoir ont les pays du Sud si ceux du Nord et leurs sociétés transnationales contrôlent 82 % du commerce international. Si Haïti, le Mali, le Pérou ou le Cambodge s’opposent à une « proposition » des États-Unis, d’importantes représailles commerciales s’abattront immédiatement sur ces pays. L’embargo sur Cuba en est un bel exemple. Au fond, ces institutions sont démocratiques dans la mesure où la volonté des plus riches est respectée…
La réponse
Alors, qu’est-ce qui importe quand votre détecteur de fumée sonne : le son qu’il fait ou le feu auquel il réagit ? Restez vigilants, ces mêmes maîtres du monde se rencontrent à Cancun en septembre pour l’OMC et en novembre pour négocier la ZLÉA…
Guillaume Paul-Limoges
COJITÉ (Collectif jeunesse international de l’Estrie)



