Une réponse à l’esclavage moderne

1 avril 2002

La consommation responsable

Notre société moderne se donne bonne conscience pour avoir aboli l’esclavage. Pourtant, qui n’a pas pris connaissance des conditions de vie et de travail que les sociétés transnationales offrent (ou imposent) à leurs employés, incluant les enfants ? Les zones franches, le modèle de développement par excellente ?

En 2001, on dénombrait envi­ron 250 zones franches dans 70 pays à travers le monde. Pour la seule Amérique du Sud, on en comptait une cen­taine, employant 1,2 million de travailleuses et travailleurs. Naissant du courant néo­libéral et de la mondialisation, les zones franches sont des ter­ritoires exempts de toutes taxes et de toutes formalités pour les dix premières années d’opération que les gouverne­ments des pays en développe­ment mettent à la disposition des investisseurs. Aux yeux du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mon­diale (BM), les zones franches sont considérées comme des moyens efficaces d’intégrer les pays en développement à la mondialisation des marchés. Elles ont pour mérite d’attirer les investissements étrangers, de créer des emplois et de dé­velopper les industries et les infrastructures nationales d’un pays. [–.1

Las Mercedes, Nicaragua

« Vous êtes assises toute la journée sur un banc de bois sans dossier. L’éclairage n’est pas très bon, et à la fin de la journée, vous ne voyez plus rien, même pas le trou de l’ai­guille. Mais ils ne veulent tou­jours pas que vous perdiez une seule minute. » Auxiliadora Arbaca, ex-travailleuse chez Foster, Las Mercedes au Nicaragua.

Près de l’aéroport de Mana­gua, capitale du Nicaragua, on retrouve la zone franche de Las Mercedes, la plus importante du pays. Elle accueille 18 ma­quiladoras, des usines de sous-traitance pour des sociétés principalement américaines, taïwanaises et coréennes. Tou­tes, sauf une, confectionnent des vêtements pour le marché nord-américain. Gap, Sears et Wal-Mart sont parmi les entre­prises américaines qui s’y ap­provisionnent. Au total 25 000 personnes y sont employées dont 80 % sont des femmes âgées entre 15 et 27 ans.

Comme un peu partout dans les zones franches sud-américaines, les maquiladoras font la loi à Las Mercedes : salaire moyen de 0,24 $ de l’heure, journée de 12 voire même 14 heures de travail, moins de 45 minutes de pause par jour, temps supplémentaire non-payé, répression syndicale, au­cune protection sociale, pres­sion à la production et rende­ment infernal, violence physi­que et verbale, harcèlement sexuel, usine surveillée et en­tourée de barbelés, une visite à la toilette de 4 minutes maxi­mum par jour, bruit, chaleur, usine non salubre et non sécu­ritaire, maux de dos, irritations aux yeux et aux mains, dif­ficultés respiratoires liées aux gaz toxiques et au manque d’aération, absence de nonnes environnementales… En 1999, 40 travailleurs des maquila­doras du Nicaragua décédaient d’accident de travail.

Des choix responsables

En juin 2000, dans la lignée des prix citron, l’organisme ca­nadien Maquila Solidarity Network attribuait le prix de Sweatshop (atelier où la main-d’œuvre est exploitée) de l’année à Wal-Mart pour s’être approvisionné dans des pays contrôlés par des régimes tota­litaires, comme le Myanmar, qui imposent des conditions de travail infernales à leur population. […] un réseau internatio­nal regroupant des organisa­tions de coopération interna­tionale, des groupes féministes et des syndicats du Nord et du Sud se mobilise pour dénoncer cet esclavage moderne et pour proposer des alternatives jus­tes, équitables et durables.

Boycott, commerce équitable, achat local, agriculture soute­nue par la communauté, sim­plicité volontaire sont des so­lutions quotidiennes qui vien­nent compléter les différentes actions collectives et politi­ques en faveur d’une mondia­lisation à visage humain. […] Rappelez-vous, c’est la de­mande qui stimule l’offre. Et surtout, informez-vous et soyez vigilants !

Guillaume Paul-Limoges, Apprenti citoyen du monde

Source : CSI Informe, 02, vol. 6, n2

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