La consommation responsable
Notre société moderne se donne bonne conscience pour avoir aboli l’esclavage. Pourtant, qui n’a pas pris connaissance des conditions de vie et de travail que les sociétés transnationales offrent (ou imposent) à leurs employés, incluant les enfants ? Les zones franches, le modèle de développement par excellente ?
En 2001, on dénombrait environ 250 zones franches dans 70 pays à travers le monde. Pour la seule Amérique du Sud, on en comptait une centaine, employant 1,2 million de travailleuses et travailleurs. Naissant du courant néolibéral et de la mondialisation, les zones franches sont des territoires exempts de toutes taxes et de toutes formalités pour les dix premières années d’opération que les gouvernements des pays en développement mettent à la disposition des investisseurs. Aux yeux du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), les zones franches sont considérées comme des moyens efficaces d’intégrer les pays en développement à la mondialisation des marchés. Elles ont pour mérite d’attirer les investissements étrangers, de créer des emplois et de développer les industries et les infrastructures nationales d’un pays. [–.1
Las Mercedes, Nicaragua
« Vous êtes assises toute la journée sur un banc de bois sans dossier. L’éclairage n’est pas très bon, et à la fin de la journée, vous ne voyez plus rien, même pas le trou de l’aiguille. Mais ils ne veulent toujours pas que vous perdiez une seule minute. » Auxiliadora Arbaca, ex-travailleuse chez Foster, Las Mercedes au Nicaragua.
Près de l’aéroport de Managua, capitale du Nicaragua, on retrouve la zone franche de Las Mercedes, la plus importante du pays. Elle accueille 18 maquiladoras, des usines de sous-traitance pour des sociétés principalement américaines, taïwanaises et coréennes. Toutes, sauf une, confectionnent des vêtements pour le marché nord-américain. Gap, Sears et Wal-Mart sont parmi les entreprises américaines qui s’y approvisionnent. Au total 25 000 personnes y sont employées dont 80 % sont des femmes âgées entre 15 et 27 ans.
Comme un peu partout dans les zones franches sud-américaines, les maquiladoras font la loi à Las Mercedes : salaire moyen de 0,24 $ de l’heure, journée de 12 voire même 14 heures de travail, moins de 45 minutes de pause par jour, temps supplémentaire non-payé, répression syndicale, aucune protection sociale, pression à la production et rendement infernal, violence physique et verbale, harcèlement sexuel, usine surveillée et entourée de barbelés, une visite à la toilette de 4 minutes maximum par jour, bruit, chaleur, usine non salubre et non sécuritaire, maux de dos, irritations aux yeux et aux mains, difficultés respiratoires liées aux gaz toxiques et au manque d’aération, absence de nonnes environnementales… En 1999, 40 travailleurs des maquiladoras du Nicaragua décédaient d’accident de travail.
Des choix responsables
En juin 2000, dans la lignée des prix citron, l’organisme canadien Maquila Solidarity Network attribuait le prix de Sweatshop (atelier où la main-d’œuvre est exploitée) de l’année à Wal-Mart pour s’être approvisionné dans des pays contrôlés par des régimes totalitaires, comme le Myanmar, qui imposent des conditions de travail infernales à leur population. […] un réseau international regroupant des organisations de coopération internationale, des groupes féministes et des syndicats du Nord et du Sud se mobilise pour dénoncer cet esclavage moderne et pour proposer des alternatives justes, équitables et durables.
Boycott, commerce équitable, achat local, agriculture soutenue par la communauté, simplicité volontaire sont des solutions quotidiennes qui viennent compléter les différentes actions collectives et politiques en faveur d’une mondialisation à visage humain. […] Rappelez-vous, c’est la demande qui stimule l’offre. Et surtout, informez-vous et soyez vigilants !
Guillaume Paul-Limoges, Apprenti citoyen du monde
Source : CSI Informe, 02, vol. 6, n2



