Crédit image : CSI

Ils ont vu le monde d’ailleurs. Leurs cinq sens ont été profondément sollicités. Leurs références culturelles mises à l’épreuve. Ils ont passé avec succès cette aventure de la solidarité internationale. De retour au Québec, quelques-uns d’entre eux ont décrit avec passion ce que fut leur stage de solidarité dans le cadre, entre autres, de stages Québec sans frontières (QSF).

 

Lettre à Lassina

SALUT GRAND RIEUR,

LE DERNIER SOIR que j’ai passé au village, je l’ai passé avec toi. Nous étions chez un de tes amis. C’était la pleine lune. Nous étions assis par terre sur une natte de plastique, les enfants de la famille dormaient à nos côtés, eux aussi sur des nattes à même le sol. Je m’endormais incroyablement. Entre deux phrases, je somnolais contre le foyer éteint mais encore tiède. Péniblement, mêlant notre maigre dénominateur commun de français et de bambara, nous essayions de communiquer. Je me souviendrai toujours du spec­tacle incroyable de tes expressions quand je t’ai expliqué la glace sur le fleuve Saint-Laurent… Tes yeux ne comprenaient rien au début, puis ils explosèrent de stupéfaction quand tu es arrivé à imaginer le concept. À la fin, tu m’as demandé en blague pourquoi je voulais tant retourner dans cet endroit si glacial…

LA QUESTION m’a fait réfléchir.

JE VEUX REVENIR, Lassina, parce que c’est d’ici que je peux encore le mieux t’aider. Tu es très bien capable de construire une école avec de la terre et de l’eau, tu l’as fait sous mes yeux. Ma présence chez toi n’a été qu’un déclencheur pour moi et pour toi . Toi, tu as été honoré de notre présence dans ton village, tu as appris qu’ il y a de la neige au Canada, que certains Blancs peuvent être gentils. Tu as vu une autre façon de vivre en couple et de penser. Tu t’es ouvert au monde ! Moi aussi, je me suis ouverte au monde en allant chez toi. J’ai vu les sourires dans tes yeux, la force de tes bras et j’ai appris 1′ importance cruciale que prend l’eau quand on en manque. J’ai compris la futilité de la paperasse administrative quand tu m’as tendu ta carte d’ identification nationale alors que je te demandais ton âge. Tu ne pouvais pas la lire. Moi j’y ai lu que tu étais né vers 1960…

JE VEUX REVENIR, LASSINA, parce que je veux raconter ce que j’ai vu et ce que tu m’as appris. Peut-être que je le raconterai si bien qu’une personne, une seule, s’ intéressera à ton pays, à ton con­tinent et aura le goût d’aller te rencontrer. Qui sait si cette per­sonne ne transmettra pas sa passion à une autre personne ? Ainsi, dans quelques années, peut-être qu’une partie du Québec sera plus à l’écoute de ce qui se passe chez toi. Je suis certaine que s’ ils te connaissaient, tous les Québécois et Québécoises auraient moins peur de sacrifier une partie de leur confort pour le partager avec toi ! C’est pour ça que j’ai fait le stage et je crois encore que j’arriverai à te rendre une partie de ce que tu m’as donné…

MERCI LASSINA !

Geneviève Desrosiers
Stagiaire QSF Mali 2003

 

 

En République dominicaine

Petit à petit, la femme prend sa place

République dominicaine : paysages idylliques, ambiance de vacances, climat exceptionnel, terres verdoyantes et productives où tous les éléments semblent rassemblés pour passer une vie douce et paisible. Lorsque l’on pénètre à l’intérieur des terres, loin des grandes villes ou que l’on se dirige vers les montagnes, la vie des paysans nous ramène dans un autre siècle. Le temps semble s’être arrêté; les paysans labourent les terres avec des bœufs; les maisons sont petites et de bois, parfois même de bambou et elles sont éloignées les unes des autres. Dans les chemins de terre battue, les hommes se promènent sur des mules et les enfants se rassemblent près du « colmado », seul endroit du coin pour se réunir et jouer au base-ball. Quant aux femmes, on les voit s’affairer près des maisons.

En vivant dans une famille dominicaine rurale, on se rend vite compte qu’il existe une organisation sociale structurée, basée sur la répartition des tâ­ches et l’entraide. En effet, dans ma famille d’accueil, tou­tes les activités étaient divi­sées de manière à utiliser le po­tentiel de chacun. Benne, mon père d’accueil, agit autant comme chef de famille que conseiller et homme politique de la communauté. Il part tous les matins travailler dans les champs de fèves, de tomates ou de maïs. D’autres jours, il va récolter le café ou le cacao avec un voisin. De plus, une fois par semaine, il se rend en ville faire les achats pour la famille. C’ est aussi lui qui mar­chande le fruit des récoltes afin d’en obtenir un bon prix.

Journée de travail

On pourrait croire que le travail de la femme est moins impor­tant ou moins valorisé dans la communauté, mais qu’à cela ne tienne ! Altagracia, ma mère d’accueil, comme toutes les femmes de la communauté, occupe ses journées de façon bien différente. Sa tâche est complémentaire à celle de son mari. La plus grande partie de sa journée est occupée à la pré­paration des repas. Elle consa­cre beaucoup d’énergie à la transformation des récoltes en produits dérivés tel la « raspa­dura », un aliment à base de canne à sucre. En plus, elle pilonne le café et le cacao.

C’est aussi elle qui s’occupe des poules et des lapins, élevés pour la consommation fami­liale. Elle fait le ménage, lave les vêtements et plus encore. Maintenant que ses enfants sont élevés et étudient à l’uni­versité de Saint-Domingue, elle consacre plus de temps à ses autres occupations.

En effet, lors des récoltes de café et de cacao, si la femme est disponible, son aide sera toujours bien accueil lie et très appréciée par les hommes. Les rôles respectifs des hommes et des femmes sont tout aussi im­portants les uns que les autres. Ils se complètent et s’entremê­lent pour en arriver à un tout. C’est par une entraide mutuelle que les tâches familiales sont remplies et que la famille sub­siste. Cet échange est néces­saire pour un meilleur bien-être et vise une plus grande efficacité.

Journée d’études

De nos jours, dans les grandes villes de République domini­caine, il y a de plus en plus de femmes qui fréquentent les universités. Il y a d’ailleurs plus de femmes que d’hommes dans ces établissements. L’aug­mentation du taux d’instruction donne aux femmes une plus grande liberté et une certaine notoriété au sein de la commu­nauté. Elles prennent de 1′ im­portance et sont davantage respectées. Ces nouvelles di­plômées ont une influence très forte sur les Dominicaines rurales, si bien que dans quel­ques années, nous ne devrions pas nous surprendre de consta­ter de grands changements quanta la condition et à l’ image de ces femmes vivant en montagne.

La femme dominicaine prend lentement sa place au sein d’une communauté encore di­rigée par une majorité mascu­line. Elle participe à toutes les tâches quotidiennes et fait valoir ses opinions. Cela peut nous sembler un très minime progrès, mais ce n’est que le début d’une grande ère de changements pour la société dominicaine rurale. Alors main­tenant, à quand l’homme dans la cuisine ?

Marijo Tardif
Stagiaire Québec sans frontières 2003

Source : CSI informe, été 2003, Vol 7 n°2

 

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