Surexposition médiatique

1 novembre 2006

MÉDIA

La tragédie du Collège Dawson n’est pas la première en son genre : elle a connu des prédécesseurs tels la tuerie à la Poly­technique et à Concordia mais, son taux de décès a été faible en comparaison. Par contre, son poids médiatique a atteint des résultats quasi-inégalés, la plaçant tout juste derrière les événements du 11 septembre 2001. Selon la firme montréalaise Influence Communication, cette tragédie a fait la manchette de plus de 700 médias écrits et électroniques partout à travers le monde dans les jours suivant l’événement. Tirée de son site Internet, la photo du tueur pointant une arme vers l’objectif de la caméra fut largement médiatisée, son profil psychologique fut dévoilé à la population, de même que le site Internet qu’il fréquentait et sur lequel il avait proféré des menaces. Des bribes de ses écrits morbides ont également été médiatisées. Une exposition médiatique d’une telle ampleur a-t-elle sa place dans de telles circonstances ? Si oui, quel impact a-t-elle ?

Effet d’entraînement ou pur hasard

Selon la lettre ouverte du psychiatre Marc-Alain Wolf parue dans La Presse, un tel engouement médiatique pour ce type d’événement révèle souvent une image trompeuse et provo­que des réactions émotionnelles plutôt que rationnelles. M. Wolf craint que la profusion importante d’Informations lors de tels événements tragiques ne vienne créer un effet d’émulation et de contagion propre à ces crimes spectaculaires. Dans le cas de Dawson, il semble qu’un effet de contagion se soit répandu tant au Québec que chez nos voisins du Sud : un élève du secondaire à Beauport a proféré des menaces semblables à celles de K. Gill auprès de ses camarades ; un autre, d’une école secondaire de Hudson, a fait de même ; des mêmes ty­pes de menaces ont été proférés par deux jeunes de 17 et 22 ans à Saint-Jérôme ; au Wisconsin, un élève de 15 ans a abattu le directeur de son école ; au Colorado, une prise d’otages a eu lieu dans une école secondaire et a engendré la mort d’un élève ; en Pennsylvanie, un tireur fou s’est pointé dans une école amish et a tué trois jeunes filles et en a blessé huit ; chez nous, une école primaire de l’arrondissement de Rock Forest a fermé ses portes à cause de menaces de mort. Deux éléments ressor­tent de cette énumération : la plupart des menaces provien­nent de jeunes qui ont fréquenté le même site Internet que Kimveer Gill et, les événements se sont tous produits dans les jours suivant la tragédie de Dawson.

Le vrai rôle des médias

Le Collectif régional d’éducation sur les médias d’informa­tion (CRÉMI) considère que la promotion de la violence dans les médias en général a un effet pervers sur les gens qui la regarde, particulièrement sur les personnes à risque de déve­lopper des problèmes comportementaux, comme les ado­lescents en quête d’identité ou d’attention. Par conséquent, le CRÉMI croit que les médias ne devraient pas accorder autant d’espace aux modèles négatifs. Lorsque la surexposi­tion médiatique entre en jeu, la banalisation risque de s’ac­croître. Dans des circonstances dramatiques, même si les médias présentent l’information en direct, ils doivent éviter de se laisser entraîner dans le jeu de la concurrence et du sensationnalisme mais, au contraire, inviter la population à réfléchir sur les motifs qui se trouvent derrière de tels actes.

Sources La Tribune et La Presse, septembre et octobre 2006

 

 

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