Voilà 20 ans déjà, se produisait un événement majeur pour le mouvement ouvrier sherbrookois : la grève du textile.
2 avril 1966 : Exaspérés devant l’attitude de la compagnie, les quelque 760 ouvriers et ouvrières de la Domil décident de se mettre en grève, imités deux jours plus tard par les quelque 450 travailleurs et travailleuses de la Dominion Textile.
Faisant face au même patron, la Dominion Textile (Domtex pour les intimes), les syndiqué-e-s de Sherbrooke décident, en cours de négociation, de s’allier, sans en faire un véritable front commun, avec les travailleurs et travailleuses de Magog (1 800), de Drummondville (800) et de Montmorency (1 500). Regroupant ainsi plus de 5 000 personnes, les syndicats espèrent obtenir un rapport de force leur étant favorable.
Le geste posé par ces syndiqué-e-s se comprend aisément lorsqu’on sait les conditions de travail pénibles dans lesquelles ils/elles doivent gagner leur pain; poussière, bruit, cadences, etc… De plus, les salaires demeurent bien en-deçà de ce qui est payé ailleurs à la même époque. En effet, le salaire industriel moyen au Canada, en 1966, se situait à 91,33 $ tandis que le salaire moyen à la Dominion Textile se situait autour de 66,00 $ à 71.00 $ par semaine.
1er mai 1966 : Se déroulant dans un contexte électoral provincial, les syndiqué-e-s faisaient pression sur les candidats pour qu’ils prennent position sur le conflit. C’est ainsi que le 1er mai 1966, lors d’une réunion publique, du parti Libéral, « plus de 250 d’entre nous, qui étaient dans la salle au début de la rencontre, sont sortis en criant ‘chou’ lorsque Carrier Fortin (ministre du Travail du temps, NDLR) voulut présenter Jean Lesage » relève Clément Lessard, travailleur depuis 31 ans à la Domil.
La même fin de semaine, le conseil central de la C.S.N. à Sherbrooke institue une grande collecte dans leurs syndicats respectifs pour soutenir les syndicats du textile. Parallèlement à cela, des collectes sont organisées aux portes des églises et, en général, la réponse s’avère très positive. L’ensemble des gens du milieu soutiennent une partie des leurs…
Pourtant, au début du conflit, la compagnie n’offrait qu’une augmentation de 0,17 $ l’heure sur une période de trois ans (0,07 $ – 0,04 $ – 0,06 $). La demande syndicale, quant à elle, équivalait à une augmentation de 0,40 $ l’heure sur une période de deux ans.
Mais les gestes pour faire pression sur la compagnie se développent. « On a été faire du piquetage devant la maison du gérant ou l’assistant-gérant » souligne Jacques Boulanger depuis 21 ans à la compagnie.
11 mai 1966 : La compagnie durcit sa position et intente une poursuite de 100 000 $ contre l’Association des Employés du Textile de Sherbrooke. Geste déjà posé contre d’autres syndicats comme à Magog.
14 mai 1966 : Malgré ce geste d’intimidation, l’offre de la compagnie se monte à 0,27 $ sur trois ans, un gain de 0,10 $ l’heure sur l’offre initiale. Mais les syndiqué-e-s veulent obtenir un contrat de deux ans avec une meilleure augmentation.
Démontrant leur détermination et leur mécontentement face aux différentes manœuvres de la Cie, les employé-e-s refusent même de recevoir leur paye de vacances voyant là un cadeau empoisonné pour affaiblir leur lutte.
22 juillet 1966 : Devant l’intransigeance de la Dominion Textile à l’égard de ses employée-s, les députés de Sherbrooke, Raynald Fréchette et Maurice Allard adressent une lettre à la Cie dénonçant sa dure attitude. « Ils ont exprimé l’opinion que l’attitude rigide et avare de la compagnie constitue la principale cause de la prolongation des négociations » (La Tribune, 23 juillet 1966, p. 3).
27 août 1966 : Les ouvriers et ouvrières de l’ensemble des usines touchées par la grève décident de retourner au travail dès 31 août. La pression exercée par les gens fait que la Cie retire ses poursuites contre les syndicats et accorde une augmentation de 0,33 $ l’heure sur trois ans c’est-à-dire un gain de 0,16 l’heure sur l’offre initiale.
Malheureusement, le contrat de deux ans et l’augmentation de salaire demandée n’ayant pu être obtenus, plusieurs personne : ayant participé au conflit en gardent un mauvais souvenir. De plus, selon certaines personnes, le manque d’information écrite et d’un fonds de grève adéquat affaiblit les rangs des syndiqué-e-s.
Cependant, comme nous le rappelle Normand Rouillard, travaillant à la Domil depuis 1954, « Sur le coup, il y a du monde qui ont trouvé ça dur… mais après ça, cela a eu des bons effets… La preuve est là. Le premier contrat, tout de suite après la grève de 1966, a été un bon contrat… »
Bref, l’historique et le bilan de cette lutte importante reste à faire comme bien d’autres événements importants du mouvement ouvrier à Sherbrooke. Il nous faut bien connaître le passé pour comprendre le présent et préparer l’avenir.




