24 juin …1858 …1903 …1957 …1976

13 juin 1986

Moment choisi pour rappe­ler à la nation canadienne-française la nécessité de conserver sa langue, sa foi, ses traditions ou fête natio­nale des Québécois. Célébrée re­ligieusement, sobrement et dans la dignité pendant plus d’un siècle jusqu’à la « brosse » natio­nale des années 70-80, la Saint-Jean-Baptiste a été fêtée de diffé­rentes façons.

Qui se souvient des défilés avec fanfares et « chars allégori­ques » qui arpentaient les rues, Aberdeen, Wellington, Fronte­nac, Dufferin, etc. ? Qui se sou­vient du petit Saint-Jean-Baptiste et de son mouton, des feux de joie, des messes, des concerts de l’harmonie au parc Dufresne ? On chantait à cette époque… « Vive la canadienne ».

On se souvient plus facilement de notre nouvel hymne natio­nal… « Mon cher Untel, c’est à ton tour… », des spectacles de Fiché et Rivard au mont Bel­levue.

Depuis quelques années, la fête nationale n’attire plus les foules. Ce qu’on oublie, c’est que les fêtes de la Saint-Jean connaissent depuis leurs débuts des hauts et des bas. Ce n’est pas la première fois que l’on va au creux de la vague.

L’Estrie (anciennement les Cantons de l’Est ou Eastern Townships) n’a pas toujours été une région majoritairement fran­cophone. J’analyserai donc les’ événements qui font que nous avons aujourd’hui une Saint-Jean à fêter en Estrie.

From « Eastern Townships » à l’Estrie

Les premiers habitants de la région furent les Amérindiens. De 1646 à 1775, la région fut visitée par les soldats des années de France et d’Angleterre. On dut attendre après cette période pour voir s’établir des blancs dans le secteur. Les premiers résidants furent des anglophones (loya­listes fuyant la guerre qui sévit dans la région qui s’appellera bientôt U.S.A., et non-loyalistes).

En 1831, les francophones ne représentent que 7 à 8 % de la population de la région. Ce pour­centage passe à 25 % en 1844. Les francophones voient leur nombre augmenter rapidement à partir de 1848. En 1851, ils re­présentent 44 % de la population; en 1871, ils sont majoritaires. Leur majorité n’a cessé d’augmenter depuis ce temps. Quels sont les facteurs qui expli­quent ce changement majeur ?

Causes

Les principales causes de cette augmentation de la population francophone en Estrie sont les suivantes :

  • L’église catholique pour ra­lentir « la fuite de ses âmes » vers la Nouvelle-Angleterre (l’industrie textile américaine attire les Canadiens-Français) incite les francophones à s’é­tablir dans les Cantons de l’Est.
  • Le taux de natalité des franco­phones est supérieur à celui des anglophones.
  • En 1853, la région sort de son isolement; la ligne de chemin de fer reliant Portland (U.S.A.) à Montréal via Coa­ticook, Sherbrooke et Rich­mond est complétée.

L’économie de la région commence à se développer. L’exploitation des matières pre­mières (bois, mines, etc.) néces­site une main-d’œuvre abon­dante. Elle sera francophone. Progressivement un secteur in­dustriel se développe (textile, brasseries, scieries, etc.).

Un exemple… Sherbrooke

Avec l’arrivée du chemin de fer, Sherbrooke devient le cœur de la région. Les commerces, les banques et l’industrie se dévelop­pent. Une main-d’œuvre franco­phone afflue pour combler les emplois disponibles. C’est l’épo­que de l’industrialisation de Sherbrooke. Imaginez-vous que l’usine de la Paton (située au coin Belvédère et King, transformée en appartements depuis peu de temps) était en 1866 une des plus grandes et des plus modernes au Canada.

Les industries prospères à cette époque font maintenant partie du « secteur mou » comme on se plaît à l’appeler… Elles n’ont pas sui­vi le courant de modernisme. Le secteur des services a pris la re­lève. Le monde industriel cherche un second souffle, pen­dant ce temps l’Estrie peut se vanter d’avoir une des moyennes de salaires les plus basses au Québec.

À la fête

Parcourir notre histoire, c’est aussi se rendre compte de nos mille et une raisons de célébrer la Saint-Jean. Les francophones de l’Estrie, comme ceux et celles de toutes les régions du Québec, se reconnaissent dans un passé qui leur est propre et qui mérite d’être fêté. Garder en mémoire le pour­quoi de notre existence en tant que nation et commémorer nos nombreux refus de céder ne sont-ils pas les conditions essentielles pour se réapproprier notre fête nationale ? N’est-il pas de notre ressort de « se souvenir » avant que la fête commence ?

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