Le mois de mars est reconnu comme étant le mois de l’alimentation. De nombreuses campagnes d’information nous rappelleront la nécessité de bien s’alimenter. La bonne alimentation est-elle une chose possible pour les jeunes assistés sociaux de moins de 30 ans, particulièrement pour ceux qui vivent seuls ?
Peut-on se nourrir adéquatement avec 172 $ par mois sans oublier qu’avec ce même montant on doit aussi se loger, se vêtir etc.
Besoins
On estime à 145 $ par mois le montant minimum que doit consacrer une personne seule pour son alimentation. Les besoins en calories pour un homme ou une femme sont respectivement de 2 900 et 2 200 calories par jour. Selon la Corporation professionnelle des diététistes, les jeunes sur l’aide sociale consomment moins de la moitié de ce qui leur est nécessaire.
Enquête
En 1983-84 des diététistes ont mené une enquête auprès de 18 jeunes montréalais/es. La base de l’alimentation de ces jeunes était composée principalement de pain, de patates et de pâtes alimentaires. La consommation de protéines (viandes, fromages, œufs, etc.) ne se faisait qu’au début du mois. Tous ces jeunes avaient un poids inférieur à la normale. Comble de malheur, quelques-uns ne mangeaient rien durant les derniers jours du mois (de 1 à 5 jours).
Éviter le pire
« Faire les poubelles », se prostituer, voler, quêter, s’inviter à souper chez des parents ou des amis voilà à quoi sont acculés ces jeunes pour éviter le pire. Cinq d’entre eux donnent 10 $ par mois à un restaurateur pour pouvoir manger les restes de table.
En conclusion, cette enquête révèle que la consommation de calories et de protéines chez ces jeunes adultes sont insuffisantes. De plus, leur alimentation est pauvre en vitamines et en minéraux.
Grossesses
Une femme de moins de 30 ans « bénéficiaire » de l’aide sociale doit attendre après sa dixième semaine de grossesse avant d’obtenir une hausse de ses prestations.
En 1984, le dispensaire diététique de Montréal estimait que les jeunes mères sur l’aide sociale consommaient 1145 calories par jour, ce qui est 3 fois moins que ce qui est nécessaire à une femme enceinte.
Le dispensaire affirmait que ces jeunes femmes consommaient le même nombre de calories que les femmes hollandaises lors de l’occupation allemande durant la deuxième guerre mondiale. À cette époque, une famine sévissait en Hollande.
Est-il nécessaire de souligner que les 10 premières semaines de grossesse sont capitales pour que le futur enfant naisse en santé ?
Conséquences
Actuellement plus de 20 000 jeunes consomment moins de la moitié de ce qui est nécessaire pour se maintenir en santé plus souvent qu’à leur tour.
Au Québec, 150 millions sont dépensés chaque année pour soigner des maladies liées à la mauvaise nutrition. À long terme, les conséquences vont s’avérer beaucoup plus coûteuses pour la société québécoise.
Estrie… Sherbrooke
On retrouve en Estrie plus de 3 000 jeunes assistés sociaux, 800 d’entre eux vivent seuls avec un maigre revenu de 172 $ par mois. Sherbrooke compte donc parmi sa population quelques centaines de jeunes vivant bien en-dessous du seuil de pauvreté.
Le Gouvernement du Québec
Certains diront que le gouvernement a mis sur pied depuis 3 ans des programmes permettant à ces jeunes d’augmenter leurs revenus d’aide sociale : Jeunes Volontaires, stages en milieu de travail, retour aux études. Ces programmes aux budgets restreints ne permettent qu’à une partie de ces jeunes d’augmenter leurs revenus et à quel prix.
Le programme de stages en milieu de travail fournit une main-d’œuvre à bon marché. Les jeunes reçoivent 2,50 $ de l’heure alors que le salaire minimum est fixé à 4,00 $.
Et l’avenir
Que fera le nouveau gouvernement québécois pour corriger cette injustice ? Lors de la dernière campagne électorale, les libéraux ont parlé de parité de l’aide sociale pour les moins de 30 ans.
Actuellement, le Programme Jeunes Volontaires est mis sur les tablettes, aucun nouveau projet n’étant accepté, privant de ce fait plusieurs jeunes d’un complément de revenus. Raison évoquée… évaluer ce programme. Cela augure mal pour l’avenir.
Nous devrons attendre le dépôt du prochain budget pour en savoir plus long sur le sujet.
Mars le mois de l’alimentation… Pour qui ?



