La hausse du coût de l’essence
Il est intéressant de voir comment la hausse du prix de l’essence peut transformer un groupe normalement amorphe en regard des enjeux économiques et sociaux de ce monde en un noyau d’extrémistes de gauche réclamant la nationalisation du pétrole mais pas du pain pis du beurre.
À la fin de l’été, ce sont les auditeurs et auditrices de Génération Rock qui se sont déplacés pour chialez La station a en effet invité ses fans à faire un défilé de chars dans les rues de Sherbrooke pour manifester. Les cris ont bien sûr cessé quand le gaz est redescendu à 1,13. Esso doit avoir eu une sacré frousse ! Cette dernière fait d’ailleurs l’objet d’un boycott lancé par quelques syndicats.
Une autre solution circulait dans ce réseau d’activistes accomplis : s’arrêter à une station (n’importe laquelle) et acheter de l’essence pour quelques sous et payer avec sa carte de crédit. Pour les plus révolutionnaires, on proposait aussi d’aller se laver les mains avec, tenez-vous bien, de l’eau chaude. L’idée étant de casser les reins d’Ultramar, Esso et autres Shell en augmentant leur facture d’électricité. Tout ça, évidemment, pour qu’au plus vite, le gaz redevienne achetable.
Une politique énergétique qui a pris l’eau
Toute cette activité est quelque peu pathétique. Or, des gens sérieux réclament bel et bien la nationalisation des ressources pétrolières canadiennes. Ou albertaines, devrait-on plutôt dire, parce que, ne l’oublions pas, en vertu de la Constitution canadienne, ce pétrole appartient aux Albertains. Il serait néanmoins souhaitable et dans l’intérêt de tous les Canadiens et Canadiennes, que le gouvernement fédéral redéfinisse une politique énergétique similaire à celle que l’ancien Premier ministre, Pierre Trudeau, avait mise en place dans les années 1970 et que Brian Mulroney, en prenant le pouvoir à Ottawa, a démantelé une décennie plus tard. La politique de Trudeau prévoyait une taxe aux exportations et, surtout, mettait en place Pétro-Canada.
Aujourd’hui, les deux-tiers du pétrole canadien sont exportés aux États-Unis et Pétro-Canada a été privatisé de nouveau. Par ailleurs, l’Accord de libre-échange des Amériques (ALA), négocié par le Parti conservateur (vous savez… Jean Charest, Lucien Bouchard…), a réduit considérablement la marge de manœuvre du gouvernement fédéral advenant une crise d’approvisionnement.
Nationaliser la réflexion
Certes, ces développements ne sont pas sans retour et l’élection d’un gouvernement davantage axé sur l’action – et le bien commun -, pourrait changer les choses, avec un peu de temps. Mais pour nous, la solution à moyen terme, est de commencer à être réaliste : l’essence, les amis, il n’y en aura pas pour l’éternité ; aussi bien commencer à s’adapter. Le vélo, le biodiesel, l’électrique, le solaire, l’éolien, le transport en commun, le co-voiturage, voilà des idées à intégrer ailleurs que dans une conversation bon-chic bon-genre au pub du coin. Aussi, la nationalisation ne devrait pas être réalisée simplement pour permettre aux citoyens et citoyennes de continuer à gaspiller impunément le pétrole sans souci des générations futures. Tout comme il est indécent de sacrifier nos rivières pour produire de l’électricité qui est par la suite engouffrée dans des habitations mal isolées. A quand une véritable politique énergétique pour le Canada ?
Plus que jamais, le temps est à la réflexion et à l’action et non aux élans irréfléchis ou égoïstes de citoyens et citoyennes outrés. Au-delà de leur irritation, il faut s’interroger sur la hausse exorbitante de l’essence causée par les pétrolières géantes et qui pénalise l’ensemble de la population mondiale.



