Le son d’Istanbul

1 Décembre 2006

Un documentaire musical de Fatih Akin

Le réalisateur Fatih Akin, un Allemand d’origine turque, propose ici un voyage musical au cœur d’Istanbul, ville de contrastes de toutes sortes. C’est Alexander Hecke, bassiste du groupe industriel allemand Einsturzende Neubaten qui nous sert de guide. Ce dernier est fasciné par Istanbul, spécialement par la grande diversité musicale qui résonne dans la ville. Il nous présente ses découvertes, des musiciens qui tentent de concilier le folklore local avec le modernisme des rythmes occidentaux.

Si certains ne se démarquent pas spécialement par leur ori­ginalité (notamment un groupe de grunge turc qui hurle son amour pour Issstannnnbul), d’autres impressionnent davan­tage par la beauté de leurs interprétations de répertoire traditionnel et/ou moderne. Comme cette chanteuse d’ori­gine canadienne établie à Is­tanbul, qui fait revivre de vieilles romances turques oubliées par ses habitants. Un duo guitare/ voix joue dans une rue devant la mer illuminée par un splendide coucher de soleil. Des musiciens rock-psychédéliques donnent un spectacle sur un bateau, accompagnés par Hacke à la basse. Et moment fort du film, ce trio de musiciens survoltés (clarinette, violon et oud) qui jouent une musique tsigane endiablée. Hypnotisant ! On jurerait être dans la même pièce qu’eux, alcool en moins ! II y a même de jeunes rappeurs qui ne veulent rien savoir du cocktail concocté par les principaux ar­tisans du ganster rap américains (sexisme+violence). Leurs pro­pos témoignent de préoccupa­tions plus élevées.

Poids et influence de la tradition

Il est aussi fort amusant de voir les images de vieux films kitsch avec des chanteurs et chanteuses qui ont déjà connu leur moment de gloire et de les revoir main­tenant, toujours en voix, accom­pagnés de musiciens de la nou­velle génération. Retenons un nom, Erkin Koray, qui nous est présenté comme un rockeur qui a ouvert la voie à la musique pop en Turquie au cours des années soixante, et qui était jugé très provocant aux yeux des auto­rités de l’époque. Son influence se fait encore sentir de nos jours.

Comme un air étran­gement familier…

On connaît peu les instruments du folklore moyen-oriental mais, au cours du film, on s’aper­çoit qu’on les a déjà entendus quelque part. Tous les fans de techno-lounge branché, par exemple, reconnaîtront certains rythmes langoureux propres à ce type de musique, remise au goût du jour ces dernières années. En ce sens, nos yeux sont davantage dépaysés que nos oreilles.

N’empêche que Le son d’Is­tanbul a le mérite de ne pas se présenter sous la forme d’une montagne d’images idéalisées de cartes postales. Quelques plans filmés dans les rues achalan­dées de la capitale nous don­nent à voir des gens de toutes catégories sociales. On est soûlé par toute cette richesse musicale pendant une bonne heure et demie, ivresse des sens, bien sûr. Pas de mal de cheveux à signaler en sortant de la salle du Granada. On ressent plutôt l’émerveille­ment devant la découverte d’un nouveau monde musical où règne, à part égale, la mélan­colie et l’allégresse et, peut-être aussi, le goût du voyage…

 

 

 

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