Aux États-Unis, depuis l’adoption du Patriot Act : la surveillance policière jusque dans les bibliothèques !

1 janvier 2004

Aux États-Unis, ce qu’on pourrait appeler le « syndrome post-11 septembre » crée de nou­velles inquiétudes en ce qui concerne la sécurité intérieure. En effet, depuis l’adoption du fameux Patriot Act, visant à protéger le pays des actes terroristes, de nouvelles lois ont été adoptées dans le but d’empêcher toute activité le moindrement suspecte. Et voilà main­tenant qu’on apprend que le FBI et le Service d’Immigration (INS) ont dans leur mire… les bibliothèques et les librairies  !

Une dépêche de la Presse Canadienne parue le printemps dernier nous expliquait qu’en appliquant le Patriot Act, « non seulement les agents du FBI américain peuvent-ils consul­ter les dossiers des clients des bibliothèques avec un mandat de la Cour sans démontrer la nécessité de ce mandat, mais les bibliothécaires n’ont désor­mais plus le droit, dans cer­taines circonstances, d’en aver­tir les usagers visés, ni d’en avertir les autres membres du conseil d’administration de leur organisme »1. C’est donc la loi du silence. Au nom de la lutte contre le terrorisme, les biblio­thécaires n’ont pas d’autre choix que de se plier aux exigences de la police.

Situation inquiétante

Cette situation inquiétante ré­tablit certains droits qui n’exis­taient plus depuis trente ans, notamment, nous rapporte le même article, l’espionnage et la surveillance des lieux pu­blics, dont les bibliothèques. Le Library Research Center, en collaboration avec des person­nalités du Congrès, fait actuel­lement circuler une pétition demandant à ce que les raisons pour consulter un dossier d’u­sagés soient d’abord établies devant la Cour.

La même situation prévaut dans les librairies américaines. Par exemple, un client achetant par carte de crédit un livre trop critique envers le gouverne­ment2 se retrouverait fiché et donc, facilement identifiable par les autorités policières. Cette atteinte à la liberté de pensée des gens a été vivement dénoncée en janvier dernier par l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Son représentant dans les dossiers touchant la liberté d’expression, Freimut Duve, considère que les États-Unis sont « le pays le moins critiqué au sein de l’OSCE ».3

Il craint que cette surveillance s’étende aux pays d’Europe. Un débat fait rage au sein de l’Association des libraires amé­ricains et des bibliothécaires d’universités qui protestent depuis près d’un an contre cet état de fait. La résistance s’or­ganise. Par exemple, au Ver­mont, où Bernard Sanders, seul candidat indépendant de la Chambre des représentants, devrait intervenir dans ce dos­sier, à la demande du Vermont Library Association.4

Dérapages possibles

Bien sûr, jusqu’à maintenant, on invoque la protection du pu­blic, et on affirme que la sur­veillance se fait en conformité avec la loi, et qu’elle s’applique seulement aux suspects de terrorisme et d’espionnage.

Mais on sait aussi que les mesures de sécurité dans les aéroports et aux postes de dou­anes ont été vivement renfor­cées en réponse aux fameux attentats que l’on sait. Des dérapages se sont déjà pro­duits, entre autres, d’honnêtes citoyens qui n’avaient rien à se reprocher, soupçonnés d’acti­vités terroristes, ont été arrêtés sans véritable justification. Les autorités diront qu’en temps de « guerre », on n’est jamais trop prudent et que les abus sont le prix à payer pour garantir la sécurité du public. Mais quand même…les risques d’attentats en sol américain et la panique que les mesures d’urgence ont créée ne sont-ils pas un peu démesurés par rapport à la menace réelle ?

Enfin, la guerre nous a aussi démontré qu’il valait mieux être du côté de l’idéologie du gouvernement américain que dans l’opposition (certaines stars d’Hollywood en savent quelque chose…). On pourrait même affirmer qu’aux États-Unis, les citoyens et citoyennes ont toutes les libertés… sauf celle de remettre en doute les agissements du pouvoir en place.

 

 

  1. Les usagers des bibliothèques américaines sous surveillance po­licière, La Tribune, mardi 22 avril 2003, p. C 8
  2. Un livre récent comme Après l’Empire, par Emmanuel Todd (Gallimard, 2002) ou les ouvrages de Noah Chomsky. Aussi The Best Democracy Money Can Buy, essai de Greg Pallast (ce dernier titre cité par la directrice de la bi­bliothèque municipale de Kil­lington, au Vermont IN Big brocher les regarde, Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 4 juin 2003
  3. L’OSCE dénonce la surveillance des amateurs de livres aux États-Unis, Le Devoir, 24 janvier 2003.
  4. Big Brother les regarde, article de Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 4 juin 2003.

 

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